Manifestation fleuve sur la Canebière

Stéphanie Harounyan

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C'est à se demander qui n'était pas dans la rue, hier à Marseille. Près de 300 000 personnes selon les syndicats, 20 000 selon la police, ont défilé en fin de matinée pour réclamer des « mesures d'urgence pour l'emploi, les salaires, la protection sociale et les services publics ». Les salariés d'ArcelorMittal, confrontés à un chômage partiel du fait de la crise économique, ouvraient la marche, suivis de la plupart des corps de métiers venus de tout le département.

Outre le secteur public (cheminots, territoriaux, travailleurs sociaux, RTM, hôpitaux, impôts, EDF GDF, la Poste, police, éducation, etc) massivement représentés, de nombreux salariés du privé, en particulier de l'industrie (Arkema, Fralib, Saint-Louis Sucre, Eurocopter, etc.) ont fait le déplacement. Le cortège compte même une délégation de boulangers pâtissiers CGT, ainsi que « les amis d'Albert Camus »: « Nous sommes venus témoigner notre amitié aux manifestants, explique Jean-Pierre, un membre de l'association. Camus, ce n'est pas la même époque, mais c'est la même histoire, les combats sont les mêmes. » Derrière lui, plusieurs intermittents du spectacle, affublés d'un masque de mouton, se sont massés derrière une banderole « La France sous Sarko 1er ». Leur cri de ralliement : « Tous ensemble, tous ensemble, bêêê, bêêê ! » « On est un troupeau qui suit les ordres de Nicolas 1er, dénonce Thierry, un intermittent du spectacle. On est tous interchangeables ! »

Vers 12 h 30, le Vieux-Port est encore noir de monde. Alors que la tête du cortège, parti de là vers 10 h 30, a déjà atteint le point d'arrivée, les syndicats de l'éducation n'ont même pas encore démarré. « Cela fait plus de deux heures qu'on attend, c'est la plus grosse manifestation depuis 2003, se réjouit Alain Barlatier, du Snes-FSU (enseignement secondaire). Cela montre bien que dans ce pays, il n'y a pas de fatalité. »

Alors que les enseignants et les parents d'élèves se lancent finalement sur la Canebière, le micro syndical annonce qu'au vu de la foule, le défilé, qui devait initialement s'arrêter au métro Périer, se poursuivra jusqu'au Rond-Point du Prado. Sur une banderole, un manifestant affiche : « Et celle-là, tu la vois, Sarko ? » ■