Marseille : La nouvelle mairie se donne douze ans pour « rattraper le retard » dans les écoles délabrées

TRAVAUX Priorité affichée de la nouvelle maire Michèle Rubirola, les travaux dans les écoles de Marseille semblent un dossier complexe qui se heurte à un manque de moyens

Mathilde Ceilles
— 
Illustration de travaux dans une école de Marseille
Illustration de travaux dans une école de Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • La nouvelle municipalité a désigné le dossier des écoles délabrées comme sa principale priorité.
  • Sur le terrain, si on concède que des travaux ont été faits, on déplore un manque de visibilité sur l’avenir.
  • Il faut dire que la mairie fait face à un manque de moyens humains, et une véritable incertitude sur les budgets qu’elle pourra allouer à ces questions.

Des sanitaires pour enfants flambant neufs dans une école primaire. Ailleurs, cette scène pourrait sembler banale. A Marseille, elle est devenue une séquence médiatique. En ce mercredi après-midi, ils sont ainsi une dizaine, chefs de cabinets, attachés de presse, élus, à souligner le moindre coup de pinceau qui a été donné ces derniers mois dans cette école de l’Estaque, dans les quartiers Nord de Marseille, devant un parterre de journalistes. « Le directeur de cette école va vous dire à quel point cette cour de récréation était une véritable piscine les jours de pluie, avant que nous intervenions », lance ainsi Pierre-Marie Ganozzi, adjoint en charge du plan école, à son voisin de droite.

Dans la deuxième ville de France, la question des travaux dans les écoles est devenue éminemment politique. La nouvelle maire Michèle Rubirola a en effet largement fait campagne sur cette thématique, promettant de mettre fin à des années de scandale lié au délabrement des écoles marseillaises imputé à Jean-Claude Gaudin.

« Le problème de l’ancienne municipalité, c’est qu’il n’y avait pas de pilotage politique, tacle Pierre-Marie Ganozzi. Il n’y avait pas de volonté réelle. Tout le monde a bien compris que l’école était pour nous la priorité des priorités. Pas moins de 870 travaux ont été réalisés ces derniers mois. Nous sommes dans l’action, et l’idée est de faire mieux qu’auparavant. »

« On se donne douze ans pour rattraper le retard »

L’adjoint au maire promet notamment que 90 % des travaux classés parmi les plus urgents dans le fameux audit des écoles de 2019 seront faits en janvier 2021, avant l’adoption d’un grand Plan écoles d’avenir dont on ignore pour l’heure les contours. Et de lancer : « Tout ne sera pas fait en un an ou deux. On se donne deux mandats sur douze ans pour rattraper le retard. »

« On aimerait surtout savoir ce qui va être fait, peste Séverine Gil, du mouvement de parents d’élèves MPE 13. Pour moi, pour le moment, ils ne sont pas montés en selle. Ils traitent le courant, mais on a eu aucune réunion de travail pour nous communiquer un quelconque plan de travaux, sur plusieurs années. Et il y a toujours des problèmes. Pas plus tard qu’avant-hier, j’ai été contactée pour des problèmes de fissures dans les murs et de plafonds qui s’effondrent. »

Un manque de moyens humains

La municipalité fait en effet face à un manque de main-d’œuvre. « Il y a une saturation du marché, reconnaît Pierre-Marie Ganozzi. Tellement il y avait de travaux à faire, nos entreprises nous ont dit qu’elles ne pouvaient pas suivre. Idem pour nos services. Il y a trop de choses en même temps. »

« Il y a des travaux entrepris, reconnaît Virginie Akliouat, secrétaire départementale du Snuipp-FSU dans les Bouches-du-Rhône. Mais on partait de tellement loin… C’est sûr, c’est une bonne chose, mais ça ne suffit pas pour l’heure à régler la situation. On reste très attentif aux budgets qui seront fixés dans l’avenir… »

Près de 200 millions d’euros nécessaires

« J’irai chercher l’argent partout », promet Pierre-Marie Ganozzi, que ce soit du côté de l’Etat « avec qui la communication est bonne », du côté du département ou de la métropole, présidés par l’ancienne candidate LR aux municipales Martine Vassal, « où la communication est plus faible pour le moment », voire l’Union européenne.

Selon l’audit des écoles, pas moins de 200 millions d’euros sont en effet nécessaires pour rénover les écoles marseillaises. Des sommes qui semblent difficilement mobilisables quand on sait que la ville de Marseille fait partie des plus endettées de France, et qu’elle a déjà réalisé des dépenses imprévues en raison de la crise sanitaire. Interrogé sur le budget dont il pourrait disposer, Pierre-Marie Ganozzi confie, en marge de la conférence de presse : « On attend aussi le résultat de l’audit financier sur la ville… »