Marseille : Sous les pinceaux d’Emilie Seto, la ville se dévoile multicolore et chatoyante

TRAIT POR-TRAIT « 20 Minutes » s’intéresse aux dessinateurs, illustratrices ou bédéastes dont l’œuvre s’ancre dans un territoire. Pour Marseille, c’est Emilie Seto qui nous a raconté son lien avec la ville et la façon dont elle s’y prend pour la dessiner

François Maliet

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Emilie Seto, illustratrice marseillaise.
Emilie Seto, illustratrice marseillaise. — F. Maliet / 20 Minutes
  • Dans la série Trait Por-Trait, « 20 Minutes » suit le trait de crayon de onze dessinatrices, illustrateurs ou bédéastes dont l’œuvre met en avant une ville, un territoire.
  • A Marseille, Emilie Seto nous a raconté son histoire avec la ville et la manière dont elle travaille pour la sublimer.
  • Plombières, les calanques, la mer, le Merlan, la plage des Catalans, les Puces… La jeune dessinatrice pose son regard partout où ses pieds la portent.

« Serena Williams (championne du système solaire), Pamela Anderson (ennemie n°1 d’Emmanuel Macron), Wole Soyinka (prix Nobel de littérature), Fran Lebowitz (écrivaine, actrice, légende). Je frime mais je n’en reviens toujours pas d’avoir illustré des textes de ces quatre-là cette année. » Sur son compte Twitter, l’illustratrice Emilie Seto fait part de son étonnement. Et de sa joie. Depuis quelques mois, et toutes les semaines, les dessins de cette Marseillaise d’adoption accompagnent les papiers de célébrités internationales dans le Financial Times – excusez du peu.

L'une des oeuvres colorées de l'illustratrice marseillaise Elodie Seto.
L'une des oeuvres colorées de l'illustratrice marseillaise Elodie Seto. - F. Maliet / 20 Minutes

En 2016, elle terminait une école d’animation, à Lyon. Qui pouvait prédire alors qu’Emilie Seto acquerrait une telle notoriété dans le dessin de presse ? « J’ai commencé au mensuel CQFD, ils m’ont donné de nombreux sujets à illustrer. Cela m’a appris à travailler sur tout. » Il y a deux ans, tout s’emballe : tombent des commandes pour Le Monde, puis pour le célèbre quotidien économique britannique.

« Réveiller quelque chose chez les Marseillais »

Mais, localement, l’artiste s’est davantage fait connaître par ses planches postées sur les réseaux sociaux. Notamment celles sur Marseille, qu’elle croque à vif, chatoyante, pleine de couleurs criardes. Comme les voix d’une engatse, mais couchées sur le papier. Plombières, les calanques, la mer, le Merlan, la plage des Catalans, les Puces, une manifestation cours Lieutaud… La jeune dessinatrice pose son regard partout où ses pieds la portent. « Je dessine lors de mes balades, je passe souvent par les chutes Lavie ou la Belle de Mai avant de rejoindre la mer. Le 3e arrondissement, c’est le quartier que j’ai le plus regardé. Le long de Plombières, c’est très impressionnant, on ne trouve pas ça dans toutes les villes. »

Elle dit aimer les endroits « qui vont plus réveiller quelque chose chez les Marseillais que chez les touristes ». Plutôt que la Bonne Mère, Emilie Séto préfère représenter le petit parc pour enfant situé en contrebas de la célèbre basilique. C’est sûrement un peu pour ça qu’elle reçoit de nombreux courriers, « notamment de Marseillais en exil », assure-t-elle. « Des gens m’écrivent pour me dire que c’est comme à l’époque. Certains me racontent leurs souvenirs, disent que ça donne envie de revenir, c’est souvent de l’ordre de l’affectif. Les habitants du 3e et des quartiers nord disent aimer voir des dessins de chez eux, que ce sont des endroits rarement représentés. »

Pour autant, Emilie Seto refuse de verser dans « l’esthétisation de la misère ». « Je ne dessinerai pas le trou de la rue d’Aubagne, ou la cité des Rosiers, qui est toute pétée. Je ne veux pas faire de safari chez les pauvres. » Mais elle continuera à représenter un Marseille multicolore, notamment « parce qu’il y a plein de façon de monter cette ville. Il y a des endroits complètement fous. »