Marseille : A Saint-Mauront, dans l’arrondissement le plus pauvre de France « en totale mutation »

REPORTAGE Entre immeubles neufs et habitations insalubres, le quartier de Saint-Mauront connaît toujours de grandes fragilités

Caroline Delabroy

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Résidence étudiante à Saint-Mauront
Résidence étudiante à Saint-Mauront — C. Delabroy / 20 Minutes
  • L’Observatoire des inégalités place sept arrondissements de Marseille parmi les plus pauvres de France, et en tête le 3e arrondissement.
  • A la sortie du métro National, à Saint-Mauront, le vaste ensemble immobilier Les Docks Libres amène de nouveaux habitants.

« Devenez propriétaire à moins de dix minutes du Vieux-Port grâce à la TVA gratuite ». En sortant du métro National, dans le 3e arrondissement de Marseille, ce grand panneau publicitaire résume toutes les contradictions d’un quartier une nouvelle fois classé comme le plus pauvre de France. Selon le dernier rapport de l’ Observatoire des inégalités, paru jeudi dernier, les sept arrondissements les plus pauvres de France - c’est-à-dire ceux où une personne seule vit avec moins de 900 euros net par mois - se situent à Marseille. Avec un taux de pauvreté de 53,4 %, le troisième arrondissement compte près de 25.000 personnes pauvres. Il est suivi par les 15e, 1er, 14e, 2e, 13e et 5e arrondissements. Vient ensuite le 19e arrondissement de Paris.

A Saint-Mauront, dans le 3e arrondissement, un vaste ensemble immobilier a poussé sur une ancienne friche portuaire, sous la houlette de Nexity. C’est ainsi un visage rénové qu’offre à première vue le quartier à la sortie du métro, avec la tour La Marseillaise en arrière-plan. Les « docks libres » mêlent bureaux, logements et commerces. Louis, 36 ans, a quitté les beaux quartiers du 8e arrondissement pour un appartement dans une de ces résidences toutes neuves.

« Je travaille à la tour CMA-CGM, c’était plus proche pour moi et aussi c’était l’opportunité d’acheter, confie-t-il. Je découvre le quartier. Il y a un peu d’incivisme, mais comme partout à Marseille. Je m’attendais à ce qu’il y ait dans l’immeuble que des communautés maghrébines ou noire subsaharienne comme moi, mais il y a aussi des Européens, je trouve que c’est plutôt mixte. »

« La mutation est essentiellement axée sur le logement »

Plus loin, Sarah, 32 ans et locataire ici depuis deux ans, est aussi tout sourire. « L’immeuble est propre, neuf, j’ai changé pour ça, dit-elle. L’entrée est avec un bip, il y a des caméras dans le parking, c’est sécurisé. Après, c’est le même quartier, les mêmes gens. Je ne voulais pas changer, il y a tout ici. »

Au sortir de la résidence étudiante, Dede, 24 ans, tempère un peu l’optimisme. Arrivée il y a deux mois du Togo pour un master de droit sur le site d’Aix-en-Provence, elle aimerait se rapprocher de l’université : « Le logement est bien, mais il y a du deal dans le quartier. Je ne me sens pas en sécurité, surtout la nuit. »

En remontant la rue Félix Pyat, la rénovation laisse place aux habitations dégradées de la cité Bellevue. Ici et là, des îlots de rénovation émaillent, notamment près de l’autoroute A7, dans le secteur Auphan-Charpentier. « C’est un quartier qui est en totale mutation, observe Reda Debache, directeur de la maison pour tous de Saint-Mauront. Quand Nexity a déménagé là son siège social, c’était un geste fort de la part du promoteur. Mais la mutation est essentiellement axée sur le logement, il y a des carences sur le cadre de vie. Derrière, les services ne suivent pas. Je veux parler des écoles, des espaces verts, du stationnement aussi. » « Qui sont réellement ces gens qui habitent ces résidences-là », interroge-t-il aussi, curieux de connaître l’impact sur la vie de quartier, en termes de besoins, et sans doute d’opportunités.