Marseille : « Les migrants passent de squat insalubre en squat insalubre »

MIGRANTS Les migrants du Petit Séminaire, l’un des plus gros squats de Marseille, vont être expulsés. Les associations spécialisées craignent l’après alors que les logements manquent

Mathilde Ceilles

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Un migrant dans un squat à Marseille.
Un migrant dans un squat à Marseille. — Christophe Simon / AFP
  • Le Petit Séminaire, ensemble HLM des quartiers Nord à l’abandon, est devenu l’un des plus gros squats de migrants de Marseille.
  • Il va être expulsé lundi après un arrêté de péril imminent pris en raison de l’insalubrité des lieux.
  • Alors que les solutions d’hébergement manquent, les associations spécialisées craignent que cette décision déplace le problème, alors que les squats de cités à l’abandon dans les quartiers Nord se multiplient

C’est l’un des plus grands squats de la deuxième ville de France, qui a récemment accueilli jusqu’à 150 migrants​, aux côtés des 25 appartements qui eux, sont toujours occupés par des locataires licites. Propriété du bailleur social Habitat Marseille Provence vidée de presque tous ses habitants « officiels » et laissée à l’abandon avant destruction, le Petit Séminaire était occupé depuis des années par des hommes seuls et des familles avec enfants, dont une grande partie de demandeurs d’asile selon les associations spécialisées. Or, les bâtiments vont faire l’objet d’une évacuation lundi prochain après la prise d’un arrêté de péril imminent par la municipalité en début de semaine, face l’insalubrité dangereuse des lieux.

Mais pour aller où ? « Les exilés sur place sont dans une totale incertitude, relate Tanina Ouadi, du programme squat et bidonvilles de Médecins du monde. Et ils ont en face d’eux des marchands de sommeil qui sont en train de se gaver. L’Etat s’est engagé à trouver des solutions mais on a aucune idée des solutions qui existent. On a une vraie inquiétude. On parle a priori dans un premier temps d’un gymnase pour ensuite être rediriger vers des hôtels. »

« Des solutions très limitées »

« Ce qu’on propose pour l’instant, ce sont des solutions pas toujours adaptées et très limitées sur quinze jours ou un mois, pour qu’après, on retrouve ces personnes à la rue, s’alarme Florent Houdmon, directeur de l’agence Paca de la fondation Abbé-Pierre. Ou qu’on déplace le problème vers un autre squat… »

Corot, Kallisté… D’autres cités délabrées des quartiers Nord de Marseille ont ou sont en effet toujours squattées par des migrants. « Quand on a évacué la tour B de Kallisté, on a retrouvé un an plus tard ces personnes au Parc Corot, et enfin au Petit Séminaire », se souvient Florent Houdmon.

« Et pendant le confinement, on a fait aussi des alertes sur les Rosiers, les Flamants, pleins de copropriétés et de HLM qui sont squattées », rappelle Tanina Ouadi. « Les migrants passent de squat insalubre en squat insalubre à Marseille, résume amèrement Margot Bonis de l'Observatoire Asile. Je suis très inquiète, je ne vois pas ce qu’ils vont faire. A Marseille, c’est tendu de chez tendu, le 115 est surchargé. »

« Une saturation complète du système »

« Il y a dans les Bouches-du-Rhône un manque criant de logements accessibles pour les plus pauvres qui se retrouvent dans des hébergements d’urgence, explique Florent Houdmon. Et du coup il n’y a plus de place dans les hébergements consacrés aux demandeurs d’asile qui se retrouvent à dormir dehors. On est face à une saturation complète du système. Les derniers chiffres communiqués par l’Etat font état de 5.000 demandeurs d’asile qui sont à la rue dans les Bouches-du-Rhône. »

« La ville prend pleinement ses responsabilités, dans le cadre de ses compétences, afin de mettre à l’abri des populations dans le respect de la dignité de chacun, affirme la municipalité dans un communiqué. Nous attendons de la part de l’ensemble des acteurs le même engagement. Il appartiendra à l’État d’assurer un traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale et de proposer le plus en amont possible des solutions d’accompagnement et d’hébergement d’urgence en lien avec le Département. » Contactée, la préfecture n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.