Immeubles effondrés à Marseille : Le conseil municipal s'écharpe sur l'habitat indigne en pleine enquête sur la rue d'Aubagne

POLITIQUE Alors que l’enquête sur le drame de la rue d’Aubagne s'accélère avec la récente mise en examen d’un ancien adjoint au maire, la question de l’habitat indigne a opposé la nouvelle majorité à l’ancienne

Mathilde Ceilles

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Photo du conseil municipal de Marseille du 23 novembre
Photo du conseil municipal de Marseille du 23 novembre — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Deux ans après le drame de la rue d’Aubagne, la nouvelle municipalité a présenté sa feuille de route en matière d’habitat indigne.
  • Cette délibération intervient alors que l’enquête sur les effondrements s’accélère, et s’est faite notamment en présence de Julien Ruas, ancien adjoint aujourd’hui mis en examen dans cette affaire.

Julien Ruas se tourne vers Patrick Amico et écoute, placide, l’adjoint en charge du logement ​dérouler les intentions de la nouvelle municipalité en matière d’habitat indigne, dont la construction de 3.000 logements sociaux par an. Plus tôt, l’ancien adjoint au maire avait quitté discrètement l’hémicycle de l’espace Bargemon où se tenait ce lundi le conseil municipal de Marseille.

Une absence courte et provisoire, le temps que le conseil municipal s’accorde sur le fait de rebaptiser la place aux pieds des immeubles effondrés rue d’Aubagne place du 5 novembre 2018. Jeudi dernier, Julien Ruas, en charge de la prévention et la gestion des risques lors du dernier mandat de Jean-Claude Gaudin, a été mis en examen dans l’enquête sur ce drame qui a coûté la vie à huit Marseillais.

« Vous nous faites souvent le procès d’avant »

Dans cette enquête, qui s'accélère clairement, Julien Ruas est le premier adjoint de l’ancienne majorité à être entendu par la justice. En matière d’habitat indigne, le procès politique des adjoints de Gaudin est venu, lui, des bancs de la nouvelle majorité lors de ce conseil municipal électrique. « Pas assez, pas assez… En fait, pas assez de politique municipale cohérente depuis des années, déplore Patrick Amico. Ou alors, avec une cohérence toute particulière, basée sur le laisser-faire de la promotion immobilière privée. »

« Vous êtes en responsabilité depuis le 4 juillet, note Lionel Royer-Perreault, maire LR des 9e et 10e arrondissements. Vous avez le pouvoir de police depuis le 4 juillet. Combien de plaintes avez-vous déposées contre les marchands de sommeil ? Combien de travaux d’office ont été entrepris depuis le 4 juillet ? Vous nous faites souvent le procès d’avant. Ce serait bien d’avoir votre bilan sur cet aspect-là des choses. » Le maire de secteur rappelle que ces problématiques relèvent aujourd’hui de la métropole et de sa présidente Martine Vassal, assise devant lui et dont il défend bec et ongles le bilan. « Qui a engagé une stratégie territoriale ? La métropole. Qui a mis en place le permis de louer ? La métropole ! »

« Les hamsters vont répondre à l’autruche »

Son voisin de gauche, un certain Julien Ruas, demeure impassible, tandis que l’édile lance : « Je crois que votre stratégie, c’est la stratégie du hamster. Il est dans sa roue et il tourne. Il donne l’impression d’avancer mais il stagne. Et pire, il s’épuise. » « Les hamsters vont répondre à l’autruche qui pendant des années ont mis la tête dans le sable », s’agace en réponse l’adjointe au maire Samia Ghali. Et de lancer : « Nous avons voté ici même des opérations immobilières qui n’ont jamais vu le jour. Ne donnez pas de leçon à ceux à qui ont promis des choses et à qui on n’apporte rien, à ceux qui attendent les bulldozers dans les cités et mangent la terre matin, midi et soir. »

« Nous ne sommes pas des procureurs, lance Sophie Camard, issue de la majorité et maire du secteur où se trouve la rue d’Aubagne. L’affaire de l’habitat indigne est entre les mains de la justice. Nous la laissons faire son travail, et il appartient à tous de répondre à l’impatience des habitants. » Et de rappeler la tenue cette semaine de la réunion du projet partenariale d’aménagement du centre-ville entre l’Etat, la métropole et la ville. « J’espère que je ne serais pas déçue et qu’on passera, enfin, aux modalités concrètes de lutte contre l’habitat indigne dans notre centre-ville. »