La douleur sous le bistouri de Michel Maure

Laura Jaumouillé

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A s'y méprendre. Avec son bagout, on aurait pu penser hier que le docteur Maure faisait partie des victimes. Au deuxième jour du procès en appel opposant celui qui se présente comme l'« un des plus grands chirurgiens esthétiques du monde » à ses victimes, l'homme a une fois de plus clamé son innocence et martelé qu'il « n'a jamais eu l'intention de faire du mal ». Dans le prétoire, l'ancien médecin se prend tantôt pour un juriste, rappelant des règles de droit pénal au président de la cour, tantôt pour le clinicien qu'il n'est plus. Il va jusqu'à faire la leçon à ses ex-confrères : « Pour les implants mammaires, je leur recommande d'ouvrir au niveau des aisselles, pour plus d'esthétique. »

Assis nonchalamment dans le box, n'écoutant que partiellement les deux plaignants venus témoigner, l'ex-médecin ne manque pas de se faire rappeler à l'ordre par le président Laborde. Par exemple, lorsqu'il reprochera à l'une de ses anciennes patientes ses « talents d'actrice » qui méritent, selon lui, « un césar ».

Sur les bancs du public, les victimes sont outrées. Six ans après son opération, l'une d'elles affirme qu'elle souffre encore de ses implants mammaires. Le docteur Maure assure avoir choisi le « Nec » en matière d'appareillage, mais la jeune femme a encore besoin de trois séances de kinésithérapie par semaine. A la barre, elle parle de ses prothèses « trois fois plus grandes que celle demandées » et de l'intervention chirurgicale dans des « conditions épouvantables ». « Lorsqu'il a commencé à m'ouvrir au scalpel, je l'ai senti. Mais, alors que je lui disais que je souffrais terriblement, le docteur m'a juste fait une seconde piqûre de Valium [normalement utilisé pour traiter l'anxiété]. Puis, lorsque j'ai fait un malaise, il m'a donné un sucre », précise la jeune femme en pleurant. Comme beaucoup d'autres victimes, elle se souvient que le médecin « passait d'un patient à l'autre en [la] laissant seule pendant plusieurs minutes ». Mais au-delà des souffrances physiques, le docteur Maure laisse aussi derrière lui des personnes mutilées psychologiquement. « Pendant plus d'un an, je n'ai pas pu m'occuper de ma petite fille, qui avait 2 ans à l'époque, confie la jeune femme. Six ans après, je survis. » ■