Maure prescrit un retour à la case complot

Frédéric Legrand

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Cinq ans qu'il se retient, qu'il « garde la mesure ». Alors au premier jour de son procès devant la cour d'appel d'Aix, Michel Maure s'est démené hier, comme un diable. Se disant victime d'un complot généralisé, fomenté par l'Ordre des médecins avec l'aide de la justice, l'ex-docteur coupe la parole au président, traite une partie civile de menteuse, et accuse carrément l'avocat général d'avoir fait avorter sa compagne (lire encadré)... Cravate rouge sur chemise noire, encadré par deux policiers, Maure, 60 ans, se dit « parfaitement innocent. J'ai fait appel pour être réhabilité, qu'on me dise "ce que vous avez fait, c'est bien". »

Se présentant comme l'« un des plus grands chirurgiens esthétiques du monde » avec « plus de 10 000 opérations » au compteur, Maure est poursuivi par près d'une centaine de patientes. Il opérait seul, souvent deux ou trois patientes à la fois, sous anesthésie locale alors qu'il s'agissait parfois d'implanter des prothèses mammaires. Maure lève les yeux au ciel et fait la moue quand le président Laborde rappelle les rapports d'expertise : un cabinet « sale et poussiéreux », des médicaments « périmés, mélangés », voire carrément interdits. Le docteur tempête : « Le cabinet avait été vandalisé avant la perquisition, c'est pour ça qu'il y avait du désordre ! » Sur les bancs du public, Sylvie, ex-patiente, opérée pour une liposuccion, est dépitée. « Il n'a pas changé depuis le premier procès. »

Quant aux rapports, l'ex-docteur évoque toujours le complot. « Les experts cités sont tous membres du syndicat des chirurgiens esthétiques. Ils ont monté cette affaire contre moi car je ne suis pas membre. » Maure revient sans cesse sur ses relations « houleuses » avec l'Ordre des médecins. « J'ai dénoncé le trucage des élections au sein de l'Ordre. Son président a lancé des procédures contre moi. C'est quelqu'un de cynique et puissant, qui se sert même de la justice ! ». Le procès devait se poursuivre aujourd'hui et s'achever mardi prochain. ■