La LGV mal embarquée sur le littoral

Frédéric Legrand

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Plus qu'un mois avant le verdict ? Le ministre de l'Environnement, Jean-Louis Borloo (UMP), devrait organiser « dans les quinze premiers jours de février » une réunion avec les collectivités locales pour choisir le tracé de la LGV Paris-Nice, a affirmé hier le ministère. Vingt-sept députés et sénateurs de la majorité ont signé la semaine dernière une lettre au gouvernement pour lui demander de trancher dès que possible entre les deux scénarios. A savoir : passer par le nord en suivant l'A 8, ou longer le littoral, en desservant Marseille et Toulon. Les études de Réseau ferré de France (RFF) ne tranchent pas. « Aucune hypothèse ne l'emporte sur l'ensemble des critères », assure RFF.

Dilemme pour le gouvernement : le « tracé des métropoles » est soutenu par les principales collectivités locales des Bouches-du-Rhône, mais ses atouts sont loin d'être décisifs. Selon RFF et les élus, le tracé des métropoles permet de desservir plus de passagers : 80 millions, contre 78 pour le tracé nord. Un avantage qui pourrait ramener entre 700 millions et 1,2 milliard de recettes supplémentaires pour la ligne. Mais ce bénéfice serait largement dépassé par le surcoût du tracé des métropoles, 40 % plus cher, qui atteindrait au total 11,5 milliards d'euros. Le gros de la facture découle notamment de l'aménagement de Saint-Charles. Pour permettre un passage rapide dans les deux sens, le projet prévoit de construire une gare souterraine, sous le métro, à 60 m de profondeur, accessible par un tunnel long de 10 km. Coût du chantier : un milliard d'euros.

En concurrence, le tracé nord semble plus facile, longeant l'A 8 en surface et sur un terrain beaucoup plus plat. L'impact environnemental serait moindre selon RFF, principalement parce que la voie emprunterait le couloir déjà tracé par l'autoroute. Et en plus, ce serait moins cher. Le hic, c'est que plusieurs collectivités, parmi lesquelles le conseil général et la communauté urbaine de Marseille, refusent de participer au financement d'une LGV « nord ». Et ils peuvent compter sur un allié de poids : Nicolas Sarkozy. Dans une lettre adressée au maire (UMP) de Marseille, à la veille des municipales, le président de la République s'était prononcé, un peu vite, pour le tracé des métropoles. ■