Le docteur Michel Maure bouge toujours

Frédéric Legrand

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Sept jours pour se refaire une opinion sur le docteur Maure. L'ancien médecin, rayé de l'Ordre depuis 2004, doit comparaître en appel ce matin et jusqu'à mardi prochain pour avoir opéré près d'une centaine de patientes. Des opérations de chirurgie esthétique pour lesquelles il n'avait ni la qualification, ni le matériel requis. En première instance, Maure avait écopé de quatre ans de prison, dont trois ferme, les juges dénonçant une « médecine de garage ». Cette fois encore, son avocat compte plaider la relaxe : « La justice ne l'a condamné que pour des infractions connexes comme la tromperie ou la publicité mensongère, souligne Me Dominique Ramirez. On l'a fait passer pour un escroc, pas pour un mauvais médecin. »

Dans des encarts publicitaires, Maure se présentait en effet comme l'« un des plus grands chirurgiens esthétiques du monde », alors qu'il opérait seul, sans anesthésiste et dans des locaux à l'hygiène déplorable. En septembre dernier, le tribunal de Marseille avait systématiquement condamné l'ex-docteur pour « mise en danger de la vie d'autrui ». Mais il n'avait reconnu Maure coupable de « blessures involontaires » que dans cinq cas sur près de cent plaignantes. Plus de trois mois après le jugement, aucune des victimes de Michel Maure n'a encore été indemnisée : « Il n'y a toujours pas eu de compensation, dénonce Me Victor Gioia, avocat de plusieurs patientes. Le processus est très long, les plaignantes n'ont pas encore toutes pu faire l'objet d'une expertise. » Or, si les experts estiment que les séquelles ne sont pas assez graves pour relever du fonds de garantie d'Etat, les victimes devront se tourner vers le patrimoine de Michel Maure. Selon Me Ramirez, ce patrimoine a fondu depuis l'interdiction d'exercer la médecine, ordonnée en 2004, contre Michel Maure. Pour les parties civiles, l'ex-docteur a, au contraire, organisé son insolvabilité en transférant ses biens immobiliers, ses bateaux, etc. dans des sociétés écrans. Sans que cela suscite de réaction. « La première procédure contre Maure remonte à 1986, souligne Me Gioia. La justice et l'ordre des médecins auraient pu le stopper plus tôt. » Au terme de son procès en appel, Michel Maure gardera la possibilité de saisir la cour de cassation, prolongeant encore la procédure. ■