Marseille : Grèves, fermetures, personnels et parents à bout, c’est le bazar dans les écoles

EDUCATION Près de 100 écoles étaient de nouveau fermées ce mardi à la suite d’un mouvement de grève

Caroline Delabroy

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Une école lors de la rentrée scolaire 2020.
Une école lors de la rentrée scolaire 2020. — UGO AMEZ/SIPA
  • A Marseille, de rares écoles sont fermées pour Covid. La plupart le sont par manque de personnel pour appliquer le protocole sanitaire, qu'il soit en grève ou en sous-effectif.
  • Les agents dénoncent des conditions de travail dégradées. Des parents d'élèves appellent la mairie à plus de transparence sur la situation et à co-constuire des solutions, dans l'esprit du Printemps marseillais. 
  • Côté mairie, on met en avant « la priorité absolue » de protéger la santé, et le recrutement de 348 agents.

« Tu as des news pour la grève de demain ? » A Marseille, les SMS et messages WhatsApp vont bon train entre parents d’élèves depuis cette rentrée sous signe de Covid et de mouvements sociaux. Car aux journées d’action nationale à l’appel de la CGT, s’ajoute un préavis de grève, lui aussi national, déposé par Sud Solidaires et qui court pour tout le mois de septembre et bientôt octobre.

Or la ville ferme les écoles dès lors qu’elle estime le personnel insuffisant pour appliquer le protocole sanitaire de l’Education nationale. Ce mardi, c’était cette fois une marche locale d’action de la CGT pour l’emploi et la dignité. Près de 110 écoles ont ainsi été fermées toute la journée et 94 pendant le temps de cantine, sur les 470 écoles publiques marseillaises. Sans compter les trois écoles fermées pour cause de Covid.

«Deux agents pour nettoyer toute une école»

« On est submergés d’appels de la part d’ATSEM qui ont un ras-le-bol aussi bien psychologique que physique, c’est la première fois qu’on en reçoit autant », souffle Zaher Benrezkallah, représentant Sud Collectivités territoriales à Marseille. Le préavis déposé par son syndicat permet à tout agent de se mettre en grève, même s’il n’est pas affilié au syndicat. De son côté, le syndicat majoritaire FO n’a pas lancé d’appel à la grève, même s’il reconnaît que « des gens de chez nous y recourent ». « Quand elles sont deux agents pour nettoyer toute une école, ce n’est pas tenable, dénonce Arabelle Lauzat, responsable de la section école des territoriaux FO de Marseille. On a démarré l’année avec des postes à découvert. »

Chez les parents d’élèves, pourtant rompus aux grèves de cantine à répétition, la colère monte face à une situation devenue intenable : des fermetures d’école ont été annoncées parfois de la veille pour le lendemain. « Il y a des écoles qui ferment tous les jours, pas à cause du Covid mais parce qu’on est en situation de sous-effectif, lance Séverine Gil, présidente de l’association de parents MP13. Est-ce qu’on doit accepter, se résigner, qu’à Marseille on ferme une école entière parce qu’il manque du personnel pour nettoyer ? C’est inconcevable. On pense que la municipalité n’a aucune visibilité et navigue à vue. Pourquoi on n’a pas recours, comme après le confinement, à des intérimaires pour nettoyer les toilettes ? »

« Ils nous reçoivent mais ne nous disent rien. »

« Le protocole sanitaire a été assoupli, pour autant on se retrouve face à des écoles fermées, abonde Cécile Baron, du collectif des écoles de Marseille. On ne sait pas quels sont les critères de la mairie pour décider de fermer une école. Parfois, elles l’ont été alors que 70 % de l’équipe était en place. » Le discours de ce collectif, engagé de longue date contre les PPP, se fait aussi politique : « L’idée du Printemps marseillais, c’était la co-construction, la concertation, ce serait là une bonne occasion de la mettre en place. Ils nous reçoivent mais ne nous disent rien. On réclame de la transparence. On veut savoir quels sont les personnels affectés dans chaque établissement, les personnels présents. Le flou alimente l’incompréhension et l’amalgame. »

Nouvel adjoint en charge de l’Education, Pierre Huguet reconnaît « qu’il y a pu avoir à la marge une école où il y a eu une erreur de remontée d’informations sur le personnel présent ». « La décision de fermeture dépend de la configuration de l’école, si elle est petite ou grande, les charges de travail ne sont pas les mêmes, chaque situation est particulière », ajoute-t-il. « La priorité absolue de la ville est de protéger la santé de ses écoliers et des personnels, assure Pierre Huguet. Pour y parvenir, nous appliquons strictement le protocole sanitaire imposé par l’Etat. » La ville explique aussi avoir recours à des entreprises privées et à des agents des mairies de secteurs, et elle mise sur les 348 agents nouvellement recrutés.

En attendant, des parents envisagent de déposer un recours contre les fermetures d’école. « Il va y avoir des actions », promet aussi Séverine Gil. L’idée d’une chaîne humaine entre les écoles de Montolivet et Bois-Luzy est évoquée. Pas question pour autant « de monter les uns contre les autres » : « On se bat nous aussi pour le manque de personnel dans les écoles, rappelle-t-elle. Les cantines fermées, c’était galère, mais on gère. Là, ces fermetures c’est unique en France. Après trois mois de Covid où les enfants n’ont pas eu d’école, c’est pour nous impensable. L’école doit rester ouverte, c’est un service public essentiel. »