la neige fond, la polémique en découle

Frédéric Legrand

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Routes déblayées, métro et tram à nouveau en circulation, météo clémente qui limite le verglas... La situation s'est améliorée hier à Marseille, mais tout n'était pas encore résolu après les chutes de neige exceptionnelles de mercredi matin. Les autoroutes ont été totalement rouvertes à la circulation peu avant 19 h. Le trafic TGV avait complètement repris et les TER devaient circuler normalement ce matin sur la plupart des lignes, mais Aix et la Côte-Bleue devaient encore être perturbées, avec respectivement un train sur deux et deux trains sur trois.

Du côté des transports en commun, les trams et métros circulaient normalement à Marseille, sauf la ligne Timone-La Rose, toujours bloquée à hauteur des Chartreux. Coincés par la neige une bonne partie de la journée, les bus marseillais ont repris progressivement la route en milieu d'après-midi. la RTM prévoyait un retour à la normale « sur l'ensemble du réseau » pour ce matin. A Aix, le trafic des bus devait lui aussi reprendre complètement ce matin. Les écoles et les crèches devaient toutes rouvrir ce matin à Marseille. Elles devraient en revanche rester fermées dans plusieurs autres communes dont Aix, Martigues et Port-de-Bouc. Le ramassage scolaire a été suspendu pour aujourd'hui.

Au deuxième jour de blocage, des voix ont commencé à s'élever pour critiquer le manque de coordination des autorités. « Le caractère exceptionnel des intempéries n'explique en rien l'enlisement d'une situation prévue depuis plusieurs jours », estime l'Union pour les entreprises (UPE), le Medef des Bouches-du-Rhône. « Les échanges avec le port ne sont pas rétablis, l'aéroport reste fermé et les accès au centre de tri postal de Vitrolles ne sont toujours pas dégagés », dénonce le syndicat patronal. Le blocage dû à la neige représenterait « deux à trois jours ouvrés perdus », alors que commencent les soldes. L'UPE met en cause « la complexité et la limite » des répartitions de compétences entre l'Etat et les différentes collectivités locales. De fait, la décentralisation a enchevêtré les responsabilités : les arbres surchargés de neige, par exemple, relèvent de la ville s'ils sont situés dans un parc et de la communauté urbaine s'ils sont situés dans la rue. Toute la journée, le préfet et les élus ont assuré avoir fait le maximum. Pour Eugène Caselli, président (PS) de la communauté urbaine de Marseille, « il n'y a pas eu de problème de coordination qui aurait retardé le déblaiement, tout le monde a joué le jeu. Ça s'est passé du mieux possible pour un événement qui n'était survenu que deux fois auparavant, en 1956 et en 1987. »

Les élus soulignent que Météo France prévoyait d'abord de la neige, suivie de pluie. Or, c'est le contraire qui s'est produit, la pluie lessivant le sel épandu préventivement sur les routes. Complication supplémentaire : plusieurs conducteurs et chauffeurs de poids lourds n'ont pas respecté les interdictions de circuler. « Les Marseillais n'ont pas l'habitude conduire sous la neige », ajoute José Allegrini, adjoint (UMP) au maire de Marseille. Michèle Alliot-Marie et Dominique Bussereau, ministre de l'Intérieur et secrétaire d'Etat aux Transports, ont cependant annoncé l'envoi d'une mission conjointe dans les Bouches-du-Rhône pour « évaluer les conditions dans lesquelles les différents opérateurs ont anticipé et géré les conséquences » des chutes de neige. Les premières conclusions devraient être rendues le 20 janvier. Pour l'instant, le préfet et les élus se refusent à investir massivement dans des équipements antineige qui pourraient « n'être utiles que dans vingt ans ». ■