face aux intempéries, Les Marseillais se mettent aux sports divers

Laura Jaumouillé et Frédéric Legrand Photos : Serge Pagano et Pierre Marsaut

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Au carrefour du boulevard Salvator et du cours Lieutaud, Morgane fait le guet : « Il faut un peu faire attention aux voitures et surtout aux piétons, mais la pente est super ! », estime-t-elle avant de donner le départ à Pierre, monté sur son snowboard. Dans la rue barrée, des skieurs ont aménagé un tremplin en agglomérant de la neige gelée. Sous 5 cm de neige craquante dès le lever du jour, Marseille a des airs de station alpine. Chaque rue un peu pentue devient une piste. Après avoir terminé leur descente vers la préfecture de police, trois riders se dirigent vers La Mecque : la colline de Notre-Dame-de-la-Garde.

Batailles de boule de neige, luges, bonshommes de neige... Tout autour, les piétons ont le sourire. « C'est bien, la rue est à nous ! »,² se réjouit un père de famille en marchant en plein milieu de la rue Breteuil, immaculée et sans aucune voiture. Seuls les automobilistes font la gueule : non seulement ils se font bombarder de boules de neiges par petits et grands mais, sans chaîne, il est quasi impossible d'avancer. C'est pire encore pour les bus : Jean-Jacques et Joseph, chauffeurs sur la ligne 80, sont bloqués depuis 8 h du matin en bas du cours Puget. « Vers 7 h 30, c'est devenu impossible, explique Jean-Jacques. Je dérapais tout le temps, et j'ai eu de la chance de pas m'arrêter en travers de la route. » Attendant la dépanneuse, les deux chauffeurs ne comprennent pas pourquoi les routes n'ont pas été salées « alors qu'on annonçait la neige depuis plusieurs jours ». Sans bus, métro ni TER, le centre-ville est un peu désert, surtout pour un premier jour de soldes. Plusieurs magasins sont fermés ou affichent « ouvert à partir de 14 h ». Les habitants de l'hypercentre sont quand même sortis fureter dans les magasins. « En deux heures, j'ai eu une dizaine de clients, note le gérant de la boutique The North Face. Plusieurs venaient s'acheter des chaussures d'hiver antidérapantes. »

A l'autre bout de la ville, sur les plages du Prado, les sportifs ont aussi dégainé le matériel. « Je n'avais pas vu ça depuis 1986, il faut absolument en profiter », s'enthousiasme Michel, venu à skis et peaux de phoque depuis le boulevard Périer. Plus loin, deux férus d'Enduro dévalent en VTT les pentes des plages Gaston-Defferre. Jean-Marc et Jean-Charles, eux, cherchent la direction du vent afin de faire lever l'aile de traction de leur snowkite. « Normalement, je le pratique en montagne et je fais du kitesurf sur les plages, mais je crois que cette année, je vais inverser », rigole Jean-Marc. Les brasseries du front de mer se sont improvisées restaurants d'altitude. « On est venus se réchauffer après une heure de marche et de bataille de boules de neige. J'adore cette ambiance », s'enthousiasme Camille, 29 ans.

Pour Annie et ses filles, c'est l'occasion d'une sortie en famille : « Cette année, nous n'irons pas aux sports d'hiver, c'est une chance que la neige ait pu venir jusqu'à nous. » En fin d'après-midi, hier, la préfecture annonçait que l'épisode neigeux était « derrière nous » avec désormais « un risque de verglas ». Au revoir Pra-Loup, bonjour la banquise. ■