Coronavirus à Marseille : De nouvelles mesures… sans policier supplémentaire, « c’est difficilement applicable »

EPIDEMIE Le préfet des Bouches-du-Rhône a annoncé une nouvelle série d’interdictions contre le coronavirus… mais sans garantie de pouvoir les faire respecter, faute d’un renfort extérieur de la police nationale

Mathilde Ceilles

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Un policier patrouille dans les rues de Marseille
Un policier patrouille dans les rues de Marseille — Daniel Cole/AP/SIPA
  • En parallèle de nouvelles mesures restrictives, le préfet des Bouches-du-Rhône a demandé un renfort policier… en vain.
  • La mairie de Marseille plaide pour une aide significative de l’Etat en la matière, au risque de rendre ces mesures inutiles.
  • Les policiers, de leur côté, ne voient pas comment concrètement faire appliquer ces mesures au vu du manque d’effectif.

Fini les rassemblements de plus de 1.000 personnes, les soirées étudiantes, la vente d’alcool après 20 heures, les regroupements de plus de dix personnes dans les parcs, la diffusion de musique amplifiée…. Ce lundi, lors d’une conférence de presse, le préfet des Bouches-du-Rhône Christophe Mirmand a égrené une longue liste de nouvelles interdictions désormais en vigueur, dans le département, afin d’endiguer l’épidémie particulièrement virulente de coronavirus sur ce secteur.

« Sur le Vieux-Port, aujourd’hui, à Marseille, il faut porter un masque, et trop de gens ne le portent pas ou le portent mal, regrettait Emmanuel Barbe, préfet de police des Bouches-du-Rhône, lors de cette même conférence de presse. Le temps de la pédagogie a passé et les infractions donneront lieu de façon systématique à des verbalisations. »

« Il faut les moyens maintenant »

Mais contrairement au département de la Gironde, où la préfète a obtenu en parallèle de la mise en œuvre de nouvelles mesures restrictives des moyens sécuritaires renforcés, aucun policier supplémentaire ne va être dépêché pour l’heure dans les Bouches-du-Rhône, du propre aveu du préfet. « Nous avons sollicité auprès du cabinet du ministre de l’Intérieur un renfort en force mobile pour permettre de venir, notamment sur Marseille, répondre à ce besoin de mobilisation dans l’espace public des forces de l’ordre, explique Christophe Mirmand. Je n’ai pas encore la réponse. »

De quoi faire grincer des dents Benoît Payan, premier adjoint de la maire de Marseille Michèle Rubirola. « Je veux saluer la police municipale qui fait ce qu’elle peut, même si ce n’est pas signifiant, lance-t-il. La ville de Marseille va faire son travail. Elle va prendre plus que sa charge mais elle ne pourra pas se suppléer à l’Etat. » Et de réclamer : « Il faut les moyens maintenant de police pour que la pédagogie, l’explication auprès des Marseillaises et des Marseillais prennent sa plénitude. On ne peut pas avoir des mesures aussi contraignantes, aussi compliquées pour les Marseillaises et les Marseillais sans explication et sans moyen de l’Etat. Ça ne marchera pas. S’ils veulent mettre des amendes, il faut bien évidemment que la police puisse être là et puisse faire son travail. »

« L’effectif est en constante régression »

Un renfort d’une compagnie de 130 CRS dans les Bouches-du-Rhône avait bien été annoncé en août dernier par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, alors que l’obligatoire du port du masque en extérieur venait d’être promulgué. « La gestion de ces renforts se fait au niveau national et au jour le jour, précise la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Nous faisons remonter les besoins et il y a des arbitrages quotidiens. S’il y a une visite officielle du président de la République par exemple à Nice, il y a une forte demande et il est fort possible qu’on nous en enlève. Par exemple, ce mardi, on a une compagnie de CRS et un escadron de gendarmerie dans le centre-ville qui font du contrôle Covid, mais pas que. »

« Aujourd’hui, à Marseille, on manque entre 270 et 300 policiers, et depuis quatre ou cinq ans, l’effectif est en constante régression, déplore Rudy Manna, responsable du syndicat Alliance. Si on nous met une compagnie de CRS pour faire ce type de mission, pas de problème. Mais il ne faut pas demander aux policiers marseillais de la sécurité publique d’assumer toutes les tâches. »

« On ne peut pas tout faire »

« Le problème, c’est que ces nouvelles mesures sont difficilement applicables car les collègues sont aussi mobilisés sur la délinquance classique, abonde une source policière syndicale. Dans la division Nord, les collègues sont en manque d’effectif et épuisés. On leur demande de verbaliser systématiquement les consommateurs de stupéfiants. Il faut faire du chiffre dans ce domaine, et pendant ce temps-là, on ne peut pas faire autre chose. Dans la division Sud, on nous avait promis un quartier de reconquête républicaine avec les effectifs que cela comporte, et il est finalement parti à Saint-Ouen ! »

« On veut bien se couper en quatre, en dix-huit ou en vingt-deux, on ne peut pas tout faire, lance Rudy Manna. Et nous, policiers républicains, on préfère interpeller de vrais délinquants que les non-porteurs de masques, qui ne sont pas des délinquants à nos yeux. Entre le coronavirus et les violences conjugales, on préfère faire les violences conjugales… »