La nuit, tous les vélos restent au lit

Sarah Marengo

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Après minuit, à Marseille, les vélos se transforment en citrouilles. C'est peut-être pour cela que l'on ne peut pas les emprunter la nuit, contrairement à Lyon ou Paris. Depuis l'inauguration du service, en octobre 2007, et la mise en place de 900 vélos dans 130 stations, plus d'un million d'engins ont été enfourchés par les Marseillais. « Un très bon chiffre », selon Vincent Dayot, directeur de Cyclocity Provence, filiale du groupe Decaux. « Ce mode de déplacement est entré dans les mentalités, dépassant le simple loisir : les pics de location se situent aux heures de bureau. » Oui, mais pourquoi pas aussi la nuit ? « On n'a jamais eu de réponse précise, regrette Michel Fornairon, président du collectif Vélo en ville. On dirait qu'il y a une crainte de la vie nocturne à Marseille, la même qui fait que l'on ne trouve aucun vélo au-delà de Saint-Charles. »

La peur des dégradations n'est en tout cas pas un argument de poids. Avec 8 % de vols et de détérioration, Marseille est au même niveau que les autres villes. Niveau coût, même flottement. Chez Decaux, on avance simplement que l'entreprise ne fait que répondre à un cahier des charges dicté par la collectivité. Le problème, c'est qu'à la communauté urbaine, l'équipe en place n'est plus celle qui a conclu le marché à l'origine. « Je n'ai aucune idée de ce qui a pu empêcher, à l'époque, l'extension nocturne. Nous sommes en tout cas en phase de renégociation des marchés urbains [panneaux publicitaires dans les abribus et stations de vélos], ce qui devrait nous permettre de compenser une partie du coût actuel des vélos [3,2 millions d'euros par an, jusqu'en 2021] », explique Franck Dumontel, directeur de cabinet d'Eugène Caselli (PS) à la communauté urbaine.

Dernière hypothèse : la pression exercée par les taxis, qui verraient dans le vélo un concurrent déloyal. « Les gens qui prennent le taxi la nuit ne sont en général pas en état de monter sur un vélo !, plaisante Eric Bouclon, du syndicat des taxis radios marseillais. L'extension des horaires du métro et l'arrivée du tram nous ont fait davantage de mal. » « Le fond de l'affaire, c'est l'intermodalité, résume Michel Fornairon. Il faut favoriser tous les modes de déplacement alternatifs à la voiture et les relier entre eux. Tant que les élus n'auront pas compris qu'un vélo ne sert pas à faire joli, on n'en sortira pas. »