Immeubles effondrés à Marseille : Une exposition revient sur le drame de la rue d'Aubagne uniquement par le son

CULTURE Dans le cadre de la biennale d’art contemporain Manifesta, Coco Velten accueille une exposition qui revient sur les effondrements de la rue d’Aubagne uniquement par le son

Mathilde Ceilles

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Les marins-pompiers sur le tas de gravats des immeubles effondrés à Marseille.
Les marins-pompiers sur le tas de gravats des immeubles effondrés à Marseille. — Bataillon Marins-Pompiers de Marseille

Chaque Marseillais a sûrement encore en tête ces mêmes images bouleversantes qui paraissaient impossibles à voir dans le centre-ville de la deuxième ville de France, mais qui ont fait le tour des chaînes de télévision, le 5 novembre 2018. Des tas de gravats, qui recouvrent le mobilier d’appartements partis en fumée. Des pompiers ​qui déblaient jour et nuit, et ce trou béant, cette dent creuse glaçante de la rue d’Aubagne, où huit personnes sont décédées dans l'effondrement de plusieurs immeubles. 

Près de deux ans plus tard, dans le cadre de la biennale d’art contemporain Manifesta, et avec le soutien de Peuple et culture Marseille, la documentariste Annika Erichsen et le réalisateur sonore Mehdi Ahoudig proposent une exposition un peu particulière consacrée à cet événement traumatisant de l’histoire marseillaise,. Et pour cause : cette installation est fondée uniquement sur le son.

A Coco Velten, les visiteurs se retrouvent plongés dans ce passé, à travers deux voix. Il y a d’abord le récit de Sophie, une des locataires du 65 rue d’Aubagne, qui raconte son quotidien d’habitante d’immeuble qui aujourd’hui n’existe plus. Ce récit se mêle à un autre, celui du commandant des pompiers qui a dirigé les opérations de sauvetage et de déblaiement.

« Le son a une force »

« Quand il y a un drame dans l’actualité, on est évidemment submergé par les images, explique Annika Erichsen. Ça nous touche dans un premier temps. Mais quand ça devient trop, ça glisse. Au contraire, le son a une force. Il peut nous troubler, et en l’écoutant à répétition, il nous trouble toujours. Le son crée de l’émotion, des images intérieures, et ça nous rentre dans la peau. »

Après avoir participé, en tant que voisine du quartier de Noailles, aux différentes marches de la colère qui ont suivi le drame de la rue d’Aubagne, Annika Erichsen a voulu apporter sa contribution à un « travail de mémoire » nécessaire, selon elle. « Moi, ce que je veux, c’est surtout qu’on n’oublie pas. Sophie dit à un moment à son mari de ne pas s’inquiéter, et que l’immeuble ne va pas s’effondrer. Personne n’aurait pu imaginer que ça arrive un jour, à Marseille. Alors, sur ces problématiques de mal-logement, il ne faut pas fermer les yeux. » Et ouvrir grand ses oreilles, donc…