Municipales 2020 à Tarascon : Front contre front, la guerre fratricide de l’extrême droite

MUNICIPALES A Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, les électeurs doivent choisir entre trois candidats de droite, dont deux issus du Front national

Mathilde Ceilles

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Robert Ménard et Valérie Laupies en campagne à Tarascon
Robert Ménard et Valérie Laupies en campagne à Tarascon — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Ce jeudi, Robert Ménard est venu à Tarascon soutenir Valérie Laupies, candidate aux municipales.
  • Le hic : Valérie Laupies a été exclue du RN et a face à elle un autre candidat, officiellement investi par le parti de Marine Le Pen.

De notre envoyée spéciale à Tarascon

Robert Ménard tend son téléphone à son collaborateur. Sur l’écran s’affiche le nom de Julien Sanchez, maire RN de la commune voisine de Beaucaire. Le conseiller décroche et quitte la conférence de presse du maire de Béziers. Robert Ménard est en effet en pleine opération de communication. Il est venu expressément à Tarascon, petite commune des Bouches-du-Rhône qui fait face à Beaucaire, dans un but unique : afficher son soutien à la candidate d’extrême-droite Valérie Laupies à la mairie, à quatre jours du second tour. Quelques minutes plus tard, son conseiller revient. Robert Ménard reprend le combiné et s’enquiert : « Tout va bien ? »

Dans cette course à la mairie pour rafler le fauteuil du maire LR sortant, Robert Ménard a déjoué les pronostics. Voilà le maire de Béziers aux côtés non pas du candidat investi par le RN et soutenu, entre autres, par Julien Sanchez, mais de sa rivale, Valérie Laupies. Un temps membre du bureau politique du parti de Marine Le Pen, la conseillère régionale en a été exclue en 2018. « J’ai appelé au rassemblement avant les européennes, explique-t-elle. J’ai proposé, comme 18 conseillers régionaux, par un courrier très sympathique à Marine Le Pen que Nicolas Dupont-Aignan soit la tête de liste aux européennes. »

« Ça ressemble à des représailles »

Une prise de position qui lui sera fatale. Quelques jours plus tard, Valérie Laupies est mise au ban du Rassemblement national. Puis, à l’automne dernier, la conseillère régionale apprend que Tarascon fait partie des villes ciblées par le parti. Implantée localement de longue date, et malgré les récentes tensions, Valérie Laupies est persuadée qu’elle représentera à Tarascon les idées de Marine Le Pen. Jusqu’au jour où, dans les rues de Tarascon, elle tombe nez à nez avec une affiche avec trois visages : ceux de la cheffe de file du RN, du maire de Beaucaire Julien Sanchez et d’un certain Jean-Guillaume Remise. « Ça ressemble à des représailles », peste Valérie Laupies. C’est à ce jeune conseiller régional d’Occitanie, récemment installé dans la commune, que les instances du parti ont confié la tâche de conquérir Tarascon.

Sur le papier, le RN a de l’espoir. Dans une ville assez pauvre et fracturée, en face de la commune de Beaucaire où le RN a déjà pris ses quartiers, le potentiel de Tarascon pour le parti d’extrême-droite est réel. C’était sans compter sur la guerre sans merci qu’allaient se livrer Valérie Laupies et Jean-Guilaume Remise, pourtant issus, à l’origine de la même famille politique. Les deux candidats se sont présentés l’un contre l’autre pour tenter de prendre la commune. Résultat : au premier tour, le maire sortant LR, Lucien Limousin, est arrivé en tête avec près de 45 % des voix, devant Valérie Laupies (35,76 %), et Jean-Guillaume Remise (19,56 %).

« On ne peut pas fusionner avec son ennemi »

Et la triangulaire sera toujours de mise ce dimanche. Les deux candidats d’extrême droite n’ont pas trouvé d’accord. « On ne peut pas fusionner avec son ennemi », lance Valérie Laupies. « On vit ici une situation d’une absurdité totale, abonde Robert Ménard. Qu’on prenne le risque de faire perdre une candidate dont je partage sûrement 90 % de ce qu’elle dit, pour des histoires de bisbilles de parti, c’est une faute. C’est un manquement. C’est une indignité. » La candidate controversée a également reçu le soutien de Jean-Marie Le Pen dans sa démarche.

De son côté, Jean-Guillaume Remise affirme avoir proposé de longue date une fusion. Mais, selon lui, le conseiller régional, que Valérie Laupies appelle tour à tour « le non-candidat » ou « l’imposteur », s’est vu sommer avec véhémence de se retirer dans l’entre-deux-tours, que ce soit de la part de Valérie Laupies elle-même, peu avant le dépôt des listes, ou plus récemment de Robert Ménard. Une option à laquelle il ne pouvait résoudre. « 20 %, ce n’est pas rien, avance-t-il. Dans cette ville, il y a des gens qui ont des attentes qui méritent d’être respectées, et qui ne comprennent pas l’attitude de Valérie Laupies. Dans cette histoire, c’est une guerre d’ego de Laupies. »

« Les clientes parlent plus du coronavirus que des municipales »

Quelque peu agacé par la visite de Robert Ménard, Jean-Guillaume Remise relativise. « Je suis la balle au milieu d’un jeu de quilles. Il y a des règlements de comptes, des choses qui me dépassent et dont je n’ai rien à faire. » Et de conclure : « J’ai fait la campagne que j’ai voulu faire. Je n’ai aucun regret et je suis serein. Si Limousin est réélu, moi, je ne porte pas cette responsabilité. Madame Laupies avait toutes les armes. Elle assumera. »

Au milieu, en effet, le maire sortant LR Lucien Limousin se délecte. « C’est la meilleure configuration possible pour moi », s’amuse-t-il. Le seul véritable obstacle à la réélection de l’édile, selon lui, serait l’abstention. Et le risque à Tarascon est réel. « Les clientes du salon parlent plus du coronavirus que des municipales », constate Arthur, coiffeur dans le centre-ville. Depuis plusieurs semaines, la petite commune est en effet au cœur d’un foyer épidémique, avec une centaine de cas détectés parmi les travailleurs saisonniers dans les champs environnants.