Municipales 2020 à Marseille : Face à leurs « brebis galeuses », les équipes de Vassal peinent à sauver les meubles

MUNICIPALES En pleine tempête politico-judiciaire sur l'affaire des procurations, l'entourage de Martine Vassal, candidate LR à la mairie de Marseille, a péniblement tenté de répliquer en voulant jeter le discrédit sur les pratiques de ses concurrents 

Mathilde Ceilles

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Martine Vassal en campagne avant le second tour des municipales 2020
Martine Vassal en campagne avant le second tour des municipales 2020 — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Depuis le milieu du mois de juin, Martine Vassal, se débat contre les accusations de possibles fraudes aux procurations dans son camp, sur lesquelles la justice a ouvert une enquête.
  • En guise de contre-attaque, ses équipes ont réalisé leur propre enquête sur les procurations pour ces municipales.

A quelques pas de la mairie, l’atmosphère dans le petit local de campagne des deuxième et troisième arrondissements de Martine Vassal, candidate LR pour les municipales à Marseille, est électrique. « Assieds-toi au milieu, José », lance Stéphane Soto, le porte-parole de la candidate à l’endroit de Me Allegrini, colistier de Martine Vassal. « Ah non ! En tant qu’avocat, je sais que la place du milieu est réservée à celle du coupable ».

Une conférence de presse explosive est sur le point de débuter. Dimanche, en début de soirée, les journalistes ont été conviés à assister à un point « de l’équipe de campagne de Martine Vassal » sur une « enquête relative aux procédures de procuration à Marseille ». Depuis le milieu du mois de juin, et particulièrement ces derniers jours, du propre aveu de Me Allegrini, la droite marseillaise est plongée dans un « tumulte » sans fin. Présidente de la métropole et du département, Martine Vassal, tente de se débattre contre les accusations autour de possibles fraudes aux procurations dans son camp, sur lesquelles la justice a ouvert une enquête.

Enquête contre enquête

Après avoir minimisé les faits, puis répondu notamment aux accusations qui entourent ses équipes sur BFMTV, Martine Vassal et sa garde rapprochée, cadres de la droite locale depuis des décennies, s’étaient murés dans le silence le plus complet, alors que des cas de nouvelles possibles fraudes étaient révélées presque chaque jour. « On n’aura pas le temps », justifiait encore ce vendredi sa chargée de communication auprès de 20 Minutes.

Dans ce contexte, logiquement, les journalistes étaient nombreux à attendre des explications de Martine Vassal sur l’enquête en cours. Il fallait toutefois bien lire entre les lignes de cette invitation mystérieuse. Déjà, la candidate n’a pas fait le déplacement. « Elle a autre chose à faire », justifie Stéphane Soto. En lieu et place de la tête de liste et prétendante à la mairie centrale sont envoyés au front quatre colistiers peu connus, tous issus de la société civile, dont son numéro 2, Stéphane Soto. Le tout sous le regard de Solange Biaggi, proche de Martine Vassal. L’adjointe au maire et candidate aux côtés de Stéphane Soto restera en retrait, au fond de la salle, durant toute la conférence de presse sur cette « enquête ».

« Elle va lui couper la tête »

Car là aussi, il ne faut pas se méprendre. Les quatre candidats, qui louent en chœur « l’intégrité » de Martine Vassal, ne sont pas venus parler de l’enquête judiciaire en cours, Interrogé par 20 Minutes à ce sujet, José Allegrini renvoie vers la procureure de la République de Marseille. « S’il y a une brebis galeuse qui se trouverait dans les équipes de Martine Vassal, je vous assure, je connais bien Martine Vassal, c’est un animal à sang froid, elle va lui couper la tête. »

L’investigation qui les intéresse ici est celle qu’ils ont eux-mêmes menée, en enquêteurs « citoyens ». Ces colistiers ont étudié les procurations de plusieurs secteurs… en particulier ceux dans lesquels les listes de Martine Vassal ont perdu ou se trouvent en ballottage défavorable. « Ce que nous voulons dire, c’est que des incongruités, des irrégularités, des apparences de fraude, il peut y en avoir partout, affirme José Allegrini. Ce que nous souhaiterions, c’est que ces apparences soient vérifiées partout. »

« Une manipulation volontaire »

Et d’affirmer vouloir déposer un recours pour contester les résultats dans les 4e et 5e arrondissements, où Michèle Rubirola du Printemps marseillais a éliminé dès le premier tour le candidat LR. Dans un argumentaire assez surréaliste qui ne démontre pas le caractère illégal de la procédure, José Allegrini explique ainsi que, par exemple, dans un bureau de vote de ce secteur, « il a 929 suffrages exprimés et 57 procurations, soit 10.78 % des procurations, alors que la moyenne du territoire est de 0.96. Mme Rubirola y a fait 55 % des voix ». Quelques minutes plus tard, José Allegrini incite les journalistes à s’intéresser aux procurations d’une maison de retraite où vit la mère malade de Robert Assante, colistier du candidat dissident DVD Bruno Gilles.

Des insinuations qui révoltent le principal intéressé. « Cette parenthèse est une manipulation volontaire pour diriger une attaque à mon égard, fustige Robert Assante dans un communiqué de presse. En effet, ma mère (93 ans) y séjourne et est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Maître Allegrini et les personnes qu’il représente devraient vérifier avant de sous-entendre et laisser planer le doute que certains politiques portent et font porter. Par dignité, je n’ai pas demandé à ma mère, qui n’a plus toute sa tête, de me donner procuration pour que je vote pour elle. »

« On n’est pas dans le "Tous pourri", mais il y en a quand même dans le panier qui ressemble fort à des fruits pourris, lance le candidat RN Stéphane Ravier. Quand on en vient à dire, pour se défendre, de regarder ce que font les autres, c’est qu’on ne conteste plus ce que l’on nous reproche soi-même… »