Marseille : Que sait-on sur le premier cas mortel d'une forme proche de la maladie de Kawasaki en France ?

SANTE A Marseille est décédé le premier enfant français des suites d’une maladie proche du syndrome de Kawasaki, une maladie infantile grave possiblement provoquée par le coronavirus

Mathilde Ceilles

— 

Le professeur Fabrice Michel est le chef du service qui a soigné le jeune patient mort à Marseille
Le professeur Fabrice Michel est le chef du service qui a soigné le jeune patient mort à Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Un enfant de 9 ans est mort la semaine dernière des suites d’une pathologie proche du syndrome de Kawasaki.
  • Cet enfant a contracté cette maladie après avoir développé une forme asymptomatique de coronavirus.
  • Les médecins ont d’abord cru à une scarlatine, avant que l’état de cet enfant ne se dégrade.

C’est le premier cas en France, et seulement le deuxième cas en Europe. La semaine dernière, à Marseille, un enfant de 9 ans est décédé d’une maladie semblable au syndrome de Kawasaki, après avoir développé une forme asymptomatique de coronavirus. 20 Minutes fait le point alors que de nombreuses zones d’ombre entourent ce décès tragique.

Que s’est-il passé ?

Le 2 mai, un jeune garçon de 9 ans est admis aux urgences pédiatriques de l’hôpital Nord de Marseille, selon le récit du professeur Fabrice Michel, chef du service d’anesthésie réanimation pédiatrique de l'Assistance-Publique Hôpitaux de Marseille (AP-HM). « Il présentait un tableau clinique comparable à celui d’une scarlatine, indique le médecin. Reçu par un pédiatre senior expérimenté, un traitement correspondant à ce tableau clinique lui a été prescrit. » L’enfant est ensuite autorisé à regagner son domicile, les médecins estimant qu’il « ne présentait pas de signe de gravité. »

Or, le même jour, le 2 mai, dans la nuit, cet enfant est victime d’un grave malaise, chez lui. Il est alors transporté en urgence par le SAMU au service de réanimation pédiatrique de la Timone pour y subir une série de soins. « Assez rapidement », selon le professeur Fabrice Michel, lors de cette seconde admission, les médecins comprennent qu'il n'a pas, en réalité, contracté une scarlatine. Ils font en effet le lien entre les symptômes de leur jeune patient et la maladie de Kawasaki, sans pour autant en avoir la certitude. « L’enfant présentait des signes pouvant ressembler à une maladie de Kawasaki », indique ainsi le professeur Fabrice Michel. Quelques jours après sa seconde admission, le 8 mai précisément, le garçon meurt des suites d’une atteinte cardiaque provoquant des lésions cérébrales. De quoi s’interroger sur la pertinence du retour à domicile de cet enfant ? « Il est difficile de refaire les faits », estime le professeur Fabrice Michel, interrogé sur ce sujet.

Qu’est ce que la maladie de Kawasaki ?

La maladie de Kawasaki est une pathologie infantile encore peu connue des médecins. Les principaux symptômes sont « une forte fièvre, sur plusieurs jours le plus souvent, une grosse fatigue, une éruption cutanée et des signes digestifs comme des douleurs abdominales », selon le professeur Caroline Ovaert, chef du service de cardiologie pédiatrique et congénitale au sein de l’AP-HM.

Les cas mortels sont très rares : il s'agit même du premier en France, et du deuxième seulement en Europe. La maladie reste pour l’heure peu répandue dans l’Hexagone, avec 135 cas. La majorité d’entre eux se trouve en région parisienne. L’AP-HM traite de son côté 5 enfants atteints de ces maladies. « Des cas isolés », tient à préciser le professeur Fabrice Michel, qui rappelle que cette maladie n’est pas contagieuse. « On a eu un pic de cas il y a trois à quatre semaines, après le pic de Covid-19, affirme Caroline Ovaert. Mais on est dans la descente ces dernières semaines. » Pourtant, la France recense dix cas supplémentaires ce vendredi, selon les dernières statistiques. Parmi les cas recensés en France, un tiers avait entre cinq et neuf ans, un peu plus d’un quart entre 10 et 14 ans et environ autant entre un et quatre ans, selon Santé publique France.

Quel lien avec le coronavirus ?

Plus de la moitié des cas de Kawasaki en France ont été testés positifs au Covid-19, et « le lien au virus était probable » chez 12 % des jeunes patients car ils avaient été en contact avec un sujet positif ou avaient eu un scanner qui évoquait le Covid-19. C’est le cas pour ce petit Marseillais, qui s’est révélé positif au test sérologique de coronavirus. Ce qui laisse penser, selon le professeur Fabrice Michel, qu’il a « très probablement développé une forme asymptomatique, ou très peu symptomatique » avant son décès.

« Ces résultats sont très en faveur d’un lien entre l’infection par le SARS-CoV-2 et cette pathologie », juge Santé publique France. L’agence sanitaire estime que chez les enfants touchés, cette maladie survient « dans un délai moyen (…) de quatre semaines après l’infection » par le coronavirus. Autrement dit, la maladie de Kawasaki serait une réaction au coronavirus développé par certains enfants, plusieurs semaines après la contamination. Un lien qui reste toutefois à être confirmé et etayé par des recherches scientifiques.