Déconfinement à Marseille : « Soit on meurt du Covid-19 maintenant, soit de l'amiante dans dix ans », l'épineuse ouverture de l'école Félix-Pyat

EDUCATION A Marseille, une école d’un quartier défavorisé a été recouverte de poussières potentiellement amiantées après la démolition d’immeubles tout proche. Pour l'instant, elle ne rouvre pas

Mathilde Ceilles
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L'école Félix-Pyat, ici en 2011
L'école Félix-Pyat, ici en 2011 — P. Magnien / 20Minutes
  • L’école Félix-Pyat, situé dans un quartier paupérisé de Marseille, n’ouvrira pas ses portes ce mardi.
  • Selon l’Education nationale et la mairie, cette fermeture est simplement lié à un manque d’enfants volontaires pour retourner en classe.
  • Selon plusieurs sources, les parents craignent pour la santé de leurs enfants, alors que le chantier de démolition tout proche, effectué dans des conditions de sécurité qui inquiètent les autorités, pourrait exposer les écoliers à l’amiante.

Ce mardi signe le retour en classe pour des centaines d’écoliers marseillais. Mais à Félix-Pyat, quartier défavorisé de Marseille, dans le très pauvre troisième arrondissement, les portes de l’école resteront closes, « faute de la moindre inscription volontaire d’enfants », selon un communiqué de presse de la mairie. « Suite à une enquête réalisée auprès des parents d’élève, aucun élève n’est volontaire pour reprendre l’école cette semaine », abonde-t-on du côté du rectorat.

Comment expliquer une telle désertion ? Selon plusieurs sources, les parents n’ont pas tant peur du coronavirus que du risque de contamination à l’amiante après la démolition toute proche de plusieurs immeubles, conduite par la Soleam, la société locale d’équipement et d’aménagement, dirigé par l’adjoint au maire Gérard Chenoz. Débutés à la surprise générale au début du mois d’avril, en pleine période de confinement, ces travaux, initialement prévus pour l’été 2019, ont créé des nuages de poussières, qui se sont, entre autres, déposés sur l’école Félix-Pyat.

« On a peur du coronavirus et de l’amiante »

« On a peur du coronavirus et de l’amiante, explique Jérémy Enaut, parent délégué de l’école Félix-Pyat. C’est un peu comme choisir entre la peste et le choléra. Pour limiter le risque de propagation de coronavirus, il faut ouvrir les fenêtres. Pour se protéger des poussières d’amiante du chantier d’à côté, il faut les fermer. Donc soit on meurt du Covid-19 maintenant, soit de l’amiante dans dix ans. On ne peut pas combiner risque de coronavirus et risque d’amiante. On est peut-être pauvre à Félix-Pyat, mais on n’est pas pauvre d’esprit ! »

Interrogé sur ce risque de contamination de l’école à l’amiante, ni la mairie de Marseille, ni l’Education nationale ne font officiellement de corrélation entre les travaux tout proches et la fermeture de l’école. Pourtant, en coulisses, les autorités demanderaient aux enseignants la plus grande prudence.

Rentrée interdite

« On a eu l’interdiction de la part de l’inspection académique de se rendre à l’école lundi et mardi, affirme Mireille Bouroubi, enseignante à l’école Félix-Pyat et représentante syndicale Sud Education 13. On nous a plutôt demandé de faire une prérentrée jeudi, pour un retour des élèves la semaine prochaine. On n’a pas eu le diagnostic amiante d’un des bâtiments démolis. Alors, évidemment qu’on a aucun élève, puisque les parents ont peur de l’amiante ! Ils ont été confinés à plusieurs dans des petits appartements, ils n’ont qu’une envie, c’est en sortir ! »

« Pour le 11 mai, les enseignants avaient un petit volume d’enfants prêts à retourner en classe, abonde Cathy Racon-Bouzon, députée LREM de Marseille. Mais il a fallu rappeler les parents un par un pour leur dire d’attendre que la situation vis-à-vis de l’amiante change, et que la rentrée était en stand-by. Cette situation est très embêtante, car ça ajoute de la défiance à la défiance, et ça éloigne de l’école des enfants de quartier prioritaire qui seraient en situation de décrochage scolaire. »

Il faut dire que le chantier semble s’être déroulé dans des conditions de sécurité discutables pour les riverains comme les ouvriers, potentiellement exposés à l’amiante. Saisie par l’association Avale 13 qui défend les victimes de l’amiante, la Caisse d’assurance retraite et de la santé du Sud-Est (Carsat) a même fait stopper net le chantier la semaine dernière, peu de temps après sa visite des lieux, selon plusieurs sources concordantes. Une réunion entre la Soleam et la Carsat sur ce dossier est prévue ce mercredi selon nos informations. Contactée, la Soleam a indiqué attendre la tenue de cette réunion pour pouvoir répondre à nos questions.