Simulation réussie, mise en pratique difficile

Laurent Berneron - ©2008 20 minutes

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Un corsaire à l'assaut des pirates. Le premier ministre François Fillon et son ministre de la Défense Hervé Morin étaient hier à Toulon à bord du Surcouf, une des cinq frégates de la marine nationale susceptible d'être affectée à la protection des navires civils dans le golfe d'Aden. Objectif : assister à la répétition grandeur nature de deux modes d'intervention qui pourraient être mises en oeuvre par les frégates françaises avec le soutien d'avions de patrouille maritime , dans le cadre de l'opération militaire européenne « Atalante ». Une coopération nouvelle qui sera officiellement lancée entre le 8 et le 13 décembre pour répondre à l'augmentation des actes de piraterie entre la mer Rouge et la Somalie.

Onze heures, hier, mer calme au large de Toulon. Le Premier ministre et la quarantaine de journalistes qui l'accompagne sont héliportés par des Puma de la flottille d'Hyères à bord du Surcouf. Sur le pont arrière, tout ce public est prêt, caméras en joue. Premier scénario, celui du largage d'un commando de protection pour prévenir un acte de piraterie sur un navire civil. La Carangue, bâtiment habituellement affecté à la dépollution, joue la victime. Deux Panther, hélicoptères qui équipent habituellement les frégates, « aérocordent » trois commandos de marine et leurs équipements à bord de la Carangue. Le navire est sécurisé, François Fillon opine de la tête.

Deuxième scénario, une embarcation semi-rigide de faux pirates se lance à l'assaut du navire. Repéré depuis la frégate, il est pris en chasse par un bateau pneumatique militaire, un Etraco dans le jargon, appuyé dans les airs par un Panther. Le tireur d'élite de l'hélico s'apprête, les yeux dans le viseur de sa mitrailleuse de 12,7 mm, à stopper le moteur de l'embarcation pirate. Tir effectué. Sur l'eau, les commandos de marine peuvent aborder et neutraliser les pirates. Exercice terminé, 100% de réussite sur les deux interventions.

Seulement dans la pratique, les choses se corsent. « La première difficulté, c'est que le golfe d'Aden fait 1 500 km de long, et que 300 navires de commerce y transitent en permanence », note le commandant Pierre Vandier, pacha du Surcouf. Autant de cibles potentielles sur un territoire qui, étendu à la mer Rouge au nord et à toutes les cotes somaliennes au sud, représente la superficie cumulée de la France, l'Espagne et l'Allemagne. Y intercepter un acte de piraterie avant qu'il ne se produise relève de la mission impossible.

Les pirates, de plus en plus souvent positionnés au large sur des navires civils déjà abordés, lancent des go-fast, des embarcations offshore ultrarapides à l'assaut de leur cible. Vitesse des go-fast pirates, plus de 50 noeuds (100 km/h). Vitesse des Etraco militaires : 45 noeuds... Bien plus rapide, l'hélicoptère Panther (120 noeuds) peut rattraper des assaillants. Mais encore faut-il être sur zone et se tenir prêt. « Il faut quinze à vingt minutes pour sortir l'hélico de son hangar », indique le directeur du pont d'envol du Surcouf. Temps auquel il faut ajouter la durée de vol.

Vendredi dernier, la frégate française Nivôse escortait un convoi de navires dans le golfe d'Aden. A seulement 30 nautiques (56 km) à l'arrière, elle n'a pu empêcher la prise de contrôle par les pirates d'un pétrolier ravitailleur, le Biscaglia, qui n'était pas escorté. L'hélico a mis quinze minutes pour se rendre sur le site, « sachant que l'acte de piraterie ne dure que dix minutes. Pour être au bon endroit au bon moment, cela demande de la chance », reconnaît le commandant Vandier. Comme le rappelle l'épisode du Biscaglia, tous les navires civils ne pourront bénéficier d'une protection, grâce à la présence de commandos à bord ou d'une frégate en escorte. « Nous n'avons pas la prétention de pouvoir tout régler dans un espace aussi considérable, mais nous avons la prétention de dissuader les pirates de s'en prendre aux navires européens », a indiqué François Fillon.