Coronavirus à Fos-sur-Mer : La fermeture imminente des haut fourneaux d’ArcelorMittal fait craindre un scénario à la Florange

ECONOMIE Les hauts-fourneaux du site d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer vont être bientôt totalement arrêtés. Syndicalistes et élus locaux craignent la disparition de l’usine qui emploie près de 3.000 personnes

Mathilde Ceilles

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Un salarié devant l'usine Arcelor Mittal de Fos-sur-Mer.
Un salarié devant l'usine Arcelor Mittal de Fos-sur-Mer. — Boris Horvat / AFP
  • ArcelorMittal a annoncé l’arrêt imminent, pour le moment provisoire, de ses hauts-fourneaux à Fos-sur-Mer.
  • Syndicalistes et élus locaux interpellent le gouvernement car ils craignent que cette décision précipite la fin du site.
  • Près de 3.000 personnes pourraient perdre leurs emplois.

ArcelorMittal a-t-il signé l’arrêt de mort de son usine de Fos-sur-Mer ? Face à une demande en chute libre en raison de la crise du coronavirus, le groupe sidérurgique va totalement stopper l’activité des deux hauts-fourneaux de son site des Bouches-du-Rhône​, pour la première fois de son histoire. L’un d’eux ne fonctionne d’ores et déjà plus depuis le 23 mars en raison d’une réduction significative du carnet de commandes, les principaux clients de cette aciérie qui emploie 2.500 personnes se trouvant en Espagne et en Italie.

Le deuxième haut-fourneau ainsi que la cokerie doivent suivre, a priori dans le courant du mois de juin selon des sources concordantes. Cette décision a nettement refroidi syndicats et élus locaux, qui craignent que cet arrêt présenté comme provisoire devienne au final définitif, alors qu’ArcelorMittal a annoncé la fermeture de son site de Florange la semaine dernière, en pleine crise du coronavirus.

« L’occasion peut faire le larron »

Certains des équipements industriels de sidérurgie, qui peuvent coûter des centaines de millions d’euros, ne peuvent en effet jamais être totalement refroidis sous peine d’être définitivement inutilisables. Or, l’usine se trouve déjà en difficulté. « L’occasion peut faire le larron, s’alarme David Thourey, délégué syndical central FO. Il faut faire attention à ce que le groupe n’utilise pas la pandémie pour fermer définitivement le site de Fos-sur-Mer. Cela fait déjà quelques années que le groupe ne dégageait pas de bénéfices, parce que, pendant trop longtemps, on n’a pas réalisé d’investissements suffisants dans des outils clés. On se maintenait. On vivotait. Aujourd’hui, on se dit qu’il ne faudrait pas qu’ils profitent du coronavirus pour fermer. »

Des milliers de familles pourraient perdre leurs emplois si le site ne parvenait pas à retrouver son activité originelle. « On est quand même le deuxième employeur du bassin, rappelle Alain Audier, délégué CGT. Nous réclamons des garanties pour que notre site soit pérennisé et qu’il ne disparaisse pas. »

« Chat échaudé craint l’eau froide »

Une crainte partagée par plusieurs élus politiques locaux, de tout bord, qui ont décidé d’interpeller en urgence le ministre de l’Economie Bruno Le Maire pour qu’ils sauvent cette usine stratégique pour l’économie locale. « De la préservation du site de Fos-sur-Mer, dans une perspective de redémarrage fin 2020, dépendent 2.600 salariés, 1.500 sous-traitants, ainsi qu’une partie de l’écosystème portuaire de Marseille-Fos », affirme ainsi le président LR de la région Paca Renaud Muselier.

« On a vu ce qui s’est passé à Florange, abonde Philippe Maurizot, vice-président de la commission Industrie, Innovation, Nouvelles technologies et Numérique au sein du conseil régional. Chat échaudé craint l’eau froide… » « Il faut voir aussi la conjoncture, puisque les principaux clients de l’usine sont pour l’heure les pays qui sont touchés par la crise du coronavirus », rappelle le maire de Fos-sur-Mer Jean Hetsch.

Contacté par 20 Minutes, le groupe ArcelorMittal explique être guidé par « deux objectifs » dans cette crise : « protéger les salariés et protéger l’outil de production pour le redémarrer dès que les conditions seront réunies ». ArcelorMittal met trois conditions à un redémarrage de l’activité : la maîtrise de la crise sanitaire « dans notre périmètre géographique voire au niveau européen », une reprise de la demande « à un niveau minimum », et une capacité suffisante d’investissement. La direction assure qu’elle suit des « précautions et procédures spécifiques pour pouvoir les redémarrer dans le futur ».