Marche blanche pour Mehdi : « On veut dire aux policiers, venez dans les quartiers discuter avec nous ! »

HOMMAGE « Qu’est-ce qui fait qu’un jeune se lève le matin pour aller braquer ? Qui a tué Mehdi ? », s’interroge le collectif Maison Blanche, engagé au quotidien auprès des jeunes du quartier

Caroline Delabroy

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La banderole en hommage au jeune Mehdi, tué à Marseille après un braquage
La banderole en hommage au jeune Mehdi, tué à Marseille après un braquage — C.Delabroy/20 Minutes
  • Mehdi, un jeune de 18 ans originaire de la cité Maison Blanche à Marseille, est mort le 14 février après une course-poursuite avec la police, engagée à la suite d'un braquage.
  • Une marche blanche est organisée ce samedi en son hommage.
  • Alors qu’une enquête IGPN est en cours, les proches de la victime interrogent : « Qu’est-ce qui fait qu’un jeune se lève le matin pour aller braquer ? »

« RIP Mehdi ». Dans le local au pied de la cité Maison Blanche, dans le 14e arrondissement de Marseille, la banderole est prête pour la marche blanche organisée ce samedi à la demande de la famille. De nombreux jeunes passent la tête, les visages mêlés de tristesse et de colère contenue après la mort de Mehdi, 18 ans, tué vendredi par la police après une course-poursuite engagée à la suite d’un braquage. « L’ambiance est très tendue », reconnaît Nair Abdallah, porte-parole du collectif des habitants de la maison Blanche qui, depuis le soir du drame, déploie toute sa force de conviction pour tenir « le temps du deuil ».

« Cette marche blanche, elle est là pour dire à la France, non pas "stop aux policiers, ne tuez pas nos jeunes", ce serait ridicule d’être dans cette haine anti-flic, mais pour dire qu’il faut que justice soit faite, explique-t-il. On n’ira pas dans leur sens, on ne fera pas d’émeute, on veut juste que la justice se fasse dans un tribunal ». Le collectif n’a ainsi « aucune confiance » dans l’enquête de l’IGPN, ouverte en parallèle de l’information judiciaire sur le braquage du Lidl, dans un quartier proche du centre-ville. Il souhaite en revanche que « le défenseur des droits de l’Homme s’auto-saisisse » de l’affaire.

Des messages de soutien sur les murs de la cité Maison Blanche à Marseille
Des messages de soutien sur les murs de la cité Maison Blanche à Marseille - C.Delabroy/20 Minutes

« Une famille sous le choc. »

Dans le quartier, des vidéos tournent, de même que des témoignages en provenance de la cité des Marronniers, où la course-poursuite s’est achevée vendredi par les tirs mortels de la Bac Nord. « Toutes les personnes qui ont vu ou filmé peuvent se manifester auprès de l’IGPN, elles n’ont rien à craindre, invite Me Clément Dalançon, l’avocat du père de Mehdi. C’est une famille sous le choc. Leur désir est de connaître la vérité sur les circonstances exactes de l’usage des armes par les forces de police. »

« Quand bien même ce serait vraiment passé comme ils disent, que le petit les aurait mis en joue, il y a au moins une première sommation, et une fois que le corps est à terre, on appelle les pompiers, on ne lui passe pas les menottes », s’émeut Dandy*, du collectif Maison Blanche, qui du haut de ses 25 ans a vu grandir Mehdi. « C’étaient des petits, je ne voulais pas qu’ils fassent de bêtises, continue-t-il. Mehdi, il avait tout le temps le sourire, il était curieux de tout connaître. Je me retrouvais en lui avec son caractère à ne pas rester en place. Je peux vous dire, pour avoir vu le placard qu’il partage avec son frère, il n’a pas la garde-robe d’un braqueur ».

« Ce n’est pas un règlement de comptes, c’est pire. »

La veille de sa mort, Nair se souvient lui avoir dit « de se calmer un peu », loin de s’imaginer la suite : « Il avait des problèmes avec personne. Qu’est-ce qui fait qu’un jeune se lève le matin pour aller braquer ? Qui a tué Mehdi ? ». « On a fait un lourd échec sur ce jeune qu’on suit depuis ses neuf ans. On aurait préféré qu’il prenne vingt ans de prison mais qu’il soit en vie », confie Nair Abdallah, déplorant « l’abandon » des quartiers populaires par les politiques. « Ce n’est pas un règlement de comptes, c’est pire, poursuit-il. C’est ceux qui sont censés nous protéger qui l’ont abattu. On espère que ce sera la dernière victime des forces de l’ordre. »

A l’image d’une marche blanche sous le signe de la paix, le collectif Maison Blanche milite plus que jamais pour une vraie police de proximité. « Quand j’avais 10 ans, on a perdu des anciens, et je me souviens que les policiers venaient, restaient avec nous. Je veux leur dire aujourd’hui, venez avec nous dans les quartiers, discutez avec nous. »

*Le prénom a été changé