VIDEO. Municipales 2020 à Marseille: « On se demande s'il a fait le deuil de gagner », pourquoi la campagne d'Yvon Berland (LREM) peine à décoller

LA REPUBLIQUE EN MARCHE Pas moins de trois ministres du gouvernement viennent à Marseille soutenir le candidat LREM Yvon Berland, en cette fin de semaine

Mathilde Ceilles

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Martine Vassal est l'une des principaux adversaires d'Yvon Berland à Marseille
Martine Vassal est l'une des principaux adversaires d'Yvon Berland à Marseille — Gérard Julien / AFP
  • Trois ministres du gouvernement ont fait le déplacement ce jeudi et ce vendredi à Marseille pour soutenir le candidat LREM.
  • La campagne d’Yvon Berland, candidat peu connu et contesté en interne, connaît des débuts compliqués.
  • En s’alliant avec l’UDI ou d’autres personnalités de la droite locale, Yvon Berland cherche à grappiller des voix à Martine Vassal, candidate LR qu’il affronte sur ses terres.

Un dixième du gouvernement, dépêché expressément de Paris, en seulement deux jours. Ce jeudi, pas moins de deux ministres ont quitté la capitale pour venir soutenir Yvon Berland, le candidat de la majorité aux élections municipales de Marseille. Julien Denormandie et Muriel Pénicaud ont participé à un débat organisé par le candidat LREM ce jeudi, dans la soirée. Ce vendredi, c’est au tour de la ministre de l’Enseignement supérieur  Frédérique Vidal de venir à Marseille apporter son soutien à Yvon Berland.

De quoi donner un second souffle à la campagne du candidat de la majorité présidentielle ? Les débuts d’Yvon Berland, candidat issu de la société civile, dans la politique marseillaise, sont en effet quelque peu poussifs. Un sondage réalisé à huit semaines du premier tour le crédite de seulement 8 % des suffrages, tandis que la majorité présidentielle avait totalisé 20,59 % des voix à Marseille aux européennes. 20 Minutes a disséqué la campagne de l’ancien médecin et fait le point.

Un candidat en mal de notoriété. La venue de ces trois ministres à Marseille dans un laps de temps si court présente pour LREM un avantage : celui de donner à la candidature d’Yvon Berland une relative résonance médiatique. « Yvon Berland n’est pas du tout connu du grand public, analyse le politologue Joël Gombin. Dans une élection comme les municipales, la notoriété et la personnalité du candidat, ça compte ! La stratégie de LREM et d’Emmanuel Macron d’aller chercher quelqu’un d’inconnu est très risquée… »

Aussi, depuis quelques semaines, Yvon Berland cherche à se faire connaître des Marseillais, notamment en accolant son nom à des personnalités locales bien plus connues que lui, à l’image de Mamadou Niang, candidat sur ses listes dans le 15 et 16e arrondissements. « J’ai le soutien du président de la République, se targue Yvon Berland, quand on l’interroge sur le but de ces visites ministérielles. Il y a des ministres qui viennent. Est-ce que c’est bien ? Est-ce que ce n’est pas bien ? Cela donne du moins de la crédibilité à ma candidature… »

L’homme qui murmurait à l’oreille du gouvernement ? Il en a fait un de ses arguments de campagne : Yvon Berland a été choisi par la tête du parti, si ce n’est par le président de la République lui-même, et entretiendrait une relation privilégiée avec les plus hautes sphères de l’Etat. « Elu maire de Marseille, je travaillerai main dans la main avec le gouvernement et les services déconcentrés de l’Etat », écrivait-il ainsi il y a peu dans un communiqué de presse, alors que la ministre de la Santé avait débloqué une importante somme pour la rénovation des hôpitaux marseillais.

Une stratégie à double tranchant si l’on considère la cote de popularité du président de la République, au plus bas. « C’est assez surprenant, quand on sait la défiance des Marseillais envers Paris, remarque Joël Gombin. Et cette stratégie qui consiste à faire venir des ministres et dire que cela va aider la ville, c’était celles de certains socialistes en 2014, et ça n’avait pas marché… »

Une personnalité contestée. « Vous voyez, ce que l’on a demandé de faire, ce que souhaite la majorité présidentielle, c’est de rassembler, d’avoir un large arc progressiste, estimait ce mercredi Yvon Berland après le ralliement de Christophe Madrolle (UDE). On est en train de le faire, et ce n’est pas fini. On va rassembler largement autour de ma candidature, plus largement que d’aucuns n’aurait imaginée. »

En coulisses, le bloc LREM, qui se voudrait uni et compact autour d’Yvon Berland, comprend tout de même quelques fissures. Il y a eu d’abord Jean-Christophe Agresti, un temps candidat LREM et proche d’Emmanuel Macron, qui a récemment rejoint la candidate les Républicains Martine Vassal. Il y a aussi la députée des quartiers Nord et proche de Marlène Schiappa, Alexandra Louis, qui, après un long travail d’ancrage local, a étonnamment décidé de ne pas prendre part à cette campagne municipale. « Je suis convaincue qu’il faut combattre le système clientéliste avec toutes les nuances qu’il peut y avoir, justifie la parlementaire auprès de La Marseillaise. Si on veut incarner le changement, il faut le faire d’une certaine manière. On m’a refermé une porte, on m’a mise à l’écart. C’est dommage, mais c’est leur choix et je le respecte. »

« Au moment de l’investiture, ils ont pris peu de marcheurs de la première heure, fortement impliqués dans le mouvement depuis le début, regrette un marcheur marseillais historique, aux premières loges des précédentes batailles électorales. Moi, je suis actif, et je n’ai même pas été contacté, ne serait-ce que pour aider dans la campagne. Mais cette campagne, de toute façon, ne prend pas. » Et de tacler, après le dérapage du candidat LREM qui a menacé un journaliste des Echos : « Yvon Berland ne donne pas envie… Et ce qu’il a fait, insulter qui que ce soit, ce n’est pas tolérable ! » Une défiance qui serait marginale, pestent certains marcheurs marseillais, qui rappellent le soutien de députés LREM marseillais comme Saïd Ahamada ou Cathy Racon-Bouzon.
 

Un difficile duel contre Martine Vassal Pour son baptême du feu électoral, Yvon Berland a choisi d’affronter… la candidate LR Martine Vassal, sur ses terres et celles historiquement de Jean-Claude Gaudin, les 6e et 8e arrondissements, au grand dam de ce dernier. Depuis, petit à petit, pour grappiller du terrain, le candidat LREM constitue son équipe en tentant de marcher sur les plates-bandes de la présidente de la métropole.

A ses côtés pour battre Martine Vassal, Yvon Berland a ainsi obtenu le ralliement de Caroline Pozmentier, adjointe sortante de Jean-Claude Gaudin en charge de la sécurité, un temps beaucoup médiatisée. Ce jeudi, c’est au tour de l’UDI, jusqu’ici partenaire des Républicains pour les municipales, de rejoindre, avec une quinzaine de personnes du parti en position éligible. Yvon Berland se défend toutefois de faire là des « accords de parti » et affirme choisir ses colistiers en fonction de leurs « compétences » et d’idées communes.

« On peut s’interroger sur le véritable objectif d’Yvon Berland, tance Joël Gombin. On se demande s’il veut gagner la mairie ou s’il l’en a fait le deuil. Sa victoire dans le 6-8 se fera à condition qu’il batte Vassal ! Il fait le choix de la rupture avec Vassal, et en même temps, il se présente sur un secteur plutôt à droite, ce qui veut dire qu’il doit droitiser son discours. Cela donne une certaine contradiction, un message brouillé. » En bon fan de l’OM qu’il se dit, Yvon Berland, jamais avare d’une métaphore footballistique, répondrait sûrement qu’un match n’est pas joué tant que l’arbitre n’a pas sifflé la fin du jeu…