« Our Body » à corps défendant

Stéphanie Harounyan - ©2008 20 minutes

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Voyeurisme ou intérêt scientifique ? L'exposition « Our Body / A corps ouvert » débarque à Marseille, dans la polémique. Après Lyon et « plus de 100 000 visiteurs», selon les organisateurs, l'événement, installé depuis hier au Parc Chanot, expose de véritables corps et organes humains, conservés selon la technique dite d'imprégnation polymérique. Par ce procédé, les organes apparaissent plus vrais que nature, tout comme la dizaine d'« écorchés » qui trônent dans les six galeries de l'expo.

« En sortant de là, on se dit qu'on est plus que des machines IBM », résume Thierry, l'un des premiers visiteurs marseillais, en rien choqué. Le comité national d'éthique ne partage pas son enthousiasme : en juin, l'organisme a rendu un avis réservé, dénonçant notamment une « prime au voyeurisme sous couvert de science et de pédagogie ». « Le musée Fragonard à Paris expose des écorchés classés monument historique. Le comité d'éthique l'accepte pour des corps conservés il y a deux siècles, mais pas pour ceux-là ? », rétorque Pascal Bernardin, producteur français de l'expo, qui s'était jusqu'alors illustré dans l'organisation de concerts pour Madonna ou Police.

Au-delà du voyeurisme, c'est la provenance des corps exposés qui a suscité les interrogations. « On sait simplement qu'ils viennent de Chine », souligne des chercheurs français à l'origine d'une pétition demandant la fermeture de l'exposition « jusqu'à ce que les garanties élémentaires soient contrôlées ». « Ces corps ont été légués à la science selon des règles identiques à la France », se défend Pascal Bernardin, qui espère pouvoir transporter l'événement à Paris. Pour l'instant le musée de l'Homme et La Villette ont refusé de l'accueillir.