Marseille : « Tout d’un coup, plus rien, il y aura un choc »… Les adieux inquiets de l’animal politique Jean-Claude Gaudin

POLITIQUE Pour la dernière fois en vingt-cinq ans, Jean-Claude Gaudin a présenté ses vœux à la presse, avant de définitivement se retirer de cette vie politique qu’il a faite sienne

Mathilde Ceilles

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Jean-Claude Gaudin lors de ses derniers voeux à la presse
Jean-Claude Gaudin lors de ses derniers voeux à la presse — Christophe SIMON / AFP
  • Dans quelques mois, Jean-Claude Gaudin quittera définitivement son fauteuil de maire, et la vie politique qu’il a faite sienne depuis 1965.
  • Le maire de Marseille, qui affirme ne pas avoir d’autres vies que sa vie d’édile, ne cache pas ses craintes sur cette retraite à venir.
  • Lors de sa dernière cérémonie des vœux à la presse, l’animal politique a donné quelques plus amples détails sur ses mémoires en préparation.

Qu’y a-t-il dans la tête d’un octogénaire qui a passé toute son existence à gravir les sommets du pouvoir, dont un quart de siècle à la tête de la ville de Marseille, quand l’heure est venue de passer de la lumière à l’ombre ? A quoi donc Jean-Claude Gaudin pense-t-il au crépuscule de sa carrière politique​, patiemment construite, alors qu’il s’apprête à embrasser une vie dénouée de ces soubresauts inhérents aux quotidiens des politiciens, lui qui ne connaît que ce quotidien-là depuis 1965 ?

Pour adresser une dernière fois ses vœux à la presse, rendez-vous politique incontournable à Marseille depuis son élection, en 1995, le « prince » Gaudin, qui vit là ces derniers mois de maire, avait choisi ce lundi son palais, celui du Pharo, qui surplombe la mer Méditerranée et donne une vue imprenable sur ce Vieux-Port qu’il se vante fièrement d’avoir transformé.

« Ma vie, c’est la politique »

Dans cet écrin de choix, entre les pics, les souvenirs et les accès de colère qui ont fait la réputation et l’étoffe de l’animal politique, l’homme Jean-Claude Gaudin laisse apparaître ses craintes et ses doutes, dans cette nouvelle vie qui s’annonce. Une existence faite d’un vide abyssal inhabituel et d’une profonde solitude pour celui qui confiait, dans un récent reportage pour France 3, réalisé par Gilles Rof, ne pas avoir de famille.

« Ma vie, c’est la politique, confie-t-il. Vous savez bien que je n’en ai pas beaucoup d’autres. Je le regrette, d’ailleurs, mais je n’en ai pas beaucoup d’autres. J’ai toujours vécu dans la vie politique. Et quand je suis rentré au conseil municipal pour la première fois en 1965, ça a été le plus beau jour de ma vie. »

« Il y aura sans doute un choc »

Et d’ajouter : « Oui, j’aurai pu continuer. Il est probable que je suis un peu inquiet sur ce que je vais faire après. Et de faire tout ce que j’ai fait et supporter tout ce que j’ai supporté, puis, tout d’un coup, plus rien. Il y aura sans doute un choc. Certains de mes amis qui ont vécu cette situation me le disent. »

Que faire, donc, de ce quotidien-là qui s’ouvre à lui ? On lui a bien proposé de figurer sur une liste dans son fief, celui des sixième et huitième arrondissements. Mais Jean-Claude Gaudin a refusé. Maintenant que les 80 bougies ont été soufflées, il lui faut raccrocher ses crampons de politicien aguerri. Le vieil homme, qui ne cache pas souffrir d’arthrose, et qui se dit hanté par le drame de la rue d’Aubagne, au point, affirme-t-il, de se réveiller la nuit en disant : « pourvu que ça ne se reproduise pas ailleurs », aspire d’abord à la tranquillité.

« J’aurai moins de stress »

« Je vais profiter de ce temps d’abord pour un peu me reposer, parce que j’aurai moins de stress. J’ai toujours la hantise de quelque chose qui pourrait aller mal dans une ville de 870.000 habitants. A tout moment, il peut se passer quelque chose de grave. Et dans ce cas-là, il y a la responsabilité du maire. Pour tout le monde, le maire est le patron de tout. »

Pour les quelques mois de lumière qui lui restent, en maître politicien de la vie marseillaise, Jean-Claude Gaudin livre ses dernières volontés : celui de voir la droite, pour l’heure déchirée, se réunir dans la perspective des municipales. « J’aimerais qu’on arrive à une unité de candidature car c’est trop grave », estime-t-il, évoquant la menace d’une victoire du Rassemblement national. « Ce risque est énorme », juge l’ancien sénateur.

Très peu de regrets

Mais, il le sait, il s’agit là de ses dernières recommandations. D’acteur de la vie politique marseillaise, Jean-Claude Gaudin se prépare désormais à en devenir le spectateur. « La tradition, c’est que lorsqu’on s’efface, lorsqu’on quitte un poste, on n’intervient pas directement sur le successeur. On le laisse faire car il aura une façon de faire différente. Par conséquent, cela nécessitera sûrement, quel que soit celui qui gagnera l’élection, une modération et un respect des choses. »

Il s’agit dès lors pour l’édile de modeler sa marque dans l’histoire de la vie politique marseillaise, comme en témoigne le film inaugural de cette cérémonie des vœux, qui vante les atouts de Marseille et égraine les transformations de la ville sous Jean-Claude Gaudin, à la gloire du maire. Tout au long de son discours, l’ancien sénateur vante ses succès, se réjouissant tour à tour d’avoir fait baisser le chômage ou rayonner la ville sur le plan international et auprès des touristes. Des regrets ? Si peu. « J’aurais voulu faire un téléphérique pour Notre Dame de La Garde, un aquarium et un casino sur l’emprise du port de Marseille », lâche-t-il.

Des mémoires en préparation

Comme pour mieux s’assurer de laisser une trace, sa trace, dans l’histoire de sa ville, le maire a décidé de coucher sa version de l’histoire sur le papier. « D’abord, je termine mes mémoires, confie-t-il. Je voudrais les publier à l’automne de cette année. J’ai déjà écrit largement, mais je veux revoir des choses. »

« Est-ce que vous allez profiter de vos mémoires pour régler quelques comptes ? », demande un confrère. Jean-Claude Gaudin laisse échapper un « oui » franc et massif et provoque l’hilarité générale. « Mes collaborateurs qui surveillent ce que je fais me disent que je suis incorrigible et que je ne dis jamais de mal de personne. Entre nous, j’ai été mis dans l’injure publique souvent, quelques fois même par mes propres amis. Mais je n’ai jamais répondu aux accusations personnelles dont j’ai été l’objet. Ça a été ma ligne tant que je suis le patron. Dès lors que je ne serai plus maire, je serai libéré. » L’animal politique a encore quelques coups de griffe à donner….