Marseille : La métropole vote la gratuité des transports en commun pour la police, gage de sécurité ou « vision électoraliste»?

TRANSPORTS La présidente de la métropole Martine Vassal et candidate LR à la mairie de Marseille fait voter ce jeudi au conseil de la métropole la gratuité des transports en commun pour les forces de l'ordre

Mathilde Ceilles

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Une policière dans le métro à Marseille
Une policière dans le métro à Marseille — P.Magnien / 20 Minutes
  • Ce jeudi est votée par la métropole d'Aix-Marseille une délibération sur la gratuité des transports en commun pour les forces de l’ordre.
  • Cette délibération est une proposition de Martine Vassal, qui y voit un gage de sécurité.
  • Cette proposition intervient toutefois à quelques mois des élections municipales, auxquelles Martine Vassal est candidate pour Les Républicains.

La nouvelle avait été annoncée il y a quelques mois, d’abord devant la presse à la fin de l’été, puis plus récemment dans un communiqué de presse. Après la gratuité des TER accordée par le conseil régional, le conseil de la métropole d’Aix-Marseille doit voter ce jeudi la gratuité des transports en commun à destination des forces de l’ordre et de secours, sur le réseau de la RTM. Cette mesure, si elle est votée, concernera les policiers nationaux et municipaux, mais aussi les gendarmes, les pompiers et marins-pompiers ainsi que le personnel de l’administration pénitentiaire et de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône.

Moyennant des frais de dossier de 20 euros chaque année, les forces de l’ordre pourront voyager gratuitement, lorsqu’ils sont en tenue et en service, mais aussi en civil, sur leurs trajets entre leur domicile et leur travail. Une mesure déjà mise en place dans d’autres villes de France, comme Paris, mais qui n’était plus en vigueur à Marseille depuis plusieurs années.

« Ils peuvent intervenir à tout moment »

« Nous proposons cette mesure pour qu’ils laissent leurs voitures chez eux, affirme Martine Vassal. La deuxième raison, c’est qu’il y a une présence policière à l’intérieur des transports en commun. Ça peut sécuriser aussi et ils peuvent intervenir à tout moment. C’est une obligation de leur charte de déontologie. Dans leurs missions, ils sont policiers 24 heures sur 24. »

« Même s’il n’est pas possible physiquement pour nous d’intervenir, on peut renseigner les collègues rapidement », estime Sébastien Brun, secrétaire régional adjoint d’Alternative Police. « Je viens d’une famille de flics, et je peux vous dire qu’ils ont eu à intervenir plusieurs fois dans les transports en commun, confie Cathie, une usagère régulière de la RTM de 53 ans. Les policiers en civil peuvent avoir les bons gestes pour réagir correctement, et c'est rassurant. »

« Améliorer leur pouvoir d’achat »

« C’est une manière aussi pour eux d’améliorer leur pouvoir d’achat, estime Martine Vassal. Une voiture, ça coûte de l’argent ! Après, il faut la garer... C’est agréable de pouvoir laisser sa voiture à la maison et pouvoir utiliser un transport en commun quand on le peut et quand on en a. Une voiture, en tout, c’est 250 euros par mois ! »

Et pourquoi ne pas proposer d’abord cette gratuité des transports en commun d'abord aux plus pauvres ? Comme l’écrivait 20 Minutes il y a quelques mois, avec la nouvelle grille tarifaire de la RTM, en vigueur depuis le 1er juillet, les plus démunis doivent payer le plein tarif du pass intégral, à 73 euros par mois. « Il y a de nombreux tarifs pour ceux qui n’ont pas les moyens », s’agace Martine Vassal.

Présidente de la métropole et candidate

« Ce n’est pas un privilège pour les policiers, se défend Sébastien Brun. Au commissariat de Noailles, ils n’ont pas de parking pour les forces de police. A l’Evêché non plus, idem pour le personnel de la préfecture ou le commissariat du troisième arrondissement. Imaginez un peu ! Cette carte de transport est la bienvenue pour nous. »

« On n’est pas dupe, souffle toutefois une source syndicale policière sous couvert d’anonymat. Il y a aussi derrière cette mesure une vision électoraliste. Martine Vassal le lance maintenant, alors qu’elle aurait pu le faire avant. » Elue présidente de la métropole en 2018, Martine Vassal est en effet candidate à la mairie de Marseille depuis quelques mois, et a été récemment investie par le parti Les Républicains pour tenter de remporter la mairie centrale dans trois mois.

« S’assurer les voix d’un électorat déjà acquis »

« Il y a une opportunité avec les élections qui arrivent, c’est certain, poursuit cette source syndicale. Traditionnellement parlant, les forces de l’ordre sont plutôt orientées à droite. On ne va pas se leurrer. C’est pour ça que quelque part, cette mesure est une façon de s’assurer les voix d’un électorat déjà acquis. Mais ça ne nous dérange pas, car il s’agissait d’une revendication très ancienne. »

Martine Vassal reconnaît elle-même avoir fait « un geste » envers les forces de l’ordre, mais se défend de toute visée électorale. « Malheureusement, ce sera compliqué de mettre ça en route avant les échéances électorales ! », affirme-t-elle. Et de rétorquer : « Est-ce qu’un président ou un maire sortant doit arrêter immédiatement ses actions lorsqu’il est en campagne ? Est-ce que c’est souhaitable ? Parce que ça veut dire dans ce cas-là que tous les sortants ne peuvent pas se représenter ! Ça pose un vrai problème, parce que moi, étant présidente depuis le mois d’octobre 2018, je ne dois plus rien faire parce qu’on est à un an des échéances électorales ? Il faut aller vite ! On n’a pas le temps, tout est urgent, on est en retard sur tout, dont les transports ! »

Une mesure « parmi les urgences », selon Martine Vassal, dont on ignore pour l’heure le coût. Et pour cause : il n’a pas été pour l’heure estimé par les services de la métropole. « C’est compliqué de budgéter avant de savoir combien il va y en avoir », explique Martine Vassal. La date de mise en œuvre de la gratuité pour les forces de l’ordre et de secours est tout aussi floue, la présidente de la métropole promettant une application « courant 2020 ».