Municipales 2020 à Marseille : Discorde à tous les étages à trois mois du scrutin

POLITIQUE A trois mois des municipales à Marseille, le scénario se précise. Les candidats sont connus, et même nombreux… et l’union difficile à établir au sein de chaque famille politique

Mathilde Ceilles

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La mairie de Marseille en 2015
La mairie de Marseille en 2015 — Bertrand Langlois / AFP
  • A Marseille, trois mois avant les municipales, le grand flou des dernières semaines a laissé place à des déclarations de candidature en pagaille.
  • Ces candidatures en chaîne laissent transparaître des tensions au sein de chaque clan politique.

Pendant plusieurs semaines, c’était le flou. Depuis quelques jours, les candidats à la mairie de Marseille sortent du bois, et les prétendants à la mairie se multiplient. Avec, semble-t-il, une constante : à droite comme à gauche, l’union semble compliquée au sein de chaque clan politique, et les fractures plus ouvertes que jamais, à trois mois des élections. 20 Minutes fait le point.

La gauche de plus en plus divisée

Ce dimanche, l’ancienne socialiste Samia Ghali a annoncé, dans une interview au JDD, partir à son tour à la conquête de la mairie centrale, et ce seule, en tant que candidate de son mouvement « Marseille avant tout ». « A l’heure où on se parle, j’ai plus de 6.000 Marseillais qui me soutiennent, soit, je pense, beaucoup plus que certaines personnes. Ils sont là pour Samia Ghali, pas pour un parti », tance la sénatrice marseillaise.

La candidature de cette figure de la gauche marseillaise, très médiatique, et soutenue par plusieurs actuels conseillers municipaux socialistes vient s’ajouter à celle des Verts, qui ont décidé également de faire cavalier seul. « Ce n’est pas parce que les Verts sont candidats que je n’ai pas le droit de l’être, s’agace Samia Ghali. Parmi tous ces gens, certains ont même été mes adjoints, vous savez… » De son côté, la conseillère municipale socialiste Annie Levy-Mozziconacci s’affiche désormais… aux côtés de Jean-Philippe Agresti, proche d’Emmanuel Macron, et qui a récemment affiché ses ambitions municipales.

On est loin de l’union de la gauche annoncée et espérée il y a quelques mois. Officiellement, le Printemps Marseillais travaille toujours à la construction d’une seule et même liste rassemblant les socialistes, les communistes, les Insoumis et des collectifs citoyens. Mais en interne, des dissensions émergent. Des signataires de la première heure de la fameuse tribune fondatrice de ce mouvement parue cet été dans Libération prennent leur distance, à l’image d’Hendrick Davi, ancien candidat LFI aux législatives à Marseille. « Le socialiste Benoît Payan a dit qu’il serait candidat à la ville de Marseille. Les jeux sont faits et j’ai la certitude qu’avoir une tête de liste socialiste ne puisse pas rassembler et faire gagner Marseille, à cause du passé récent du parti. »

« Si j’étais candidat, vous seriez au courant », s’agace Benoît Payan. Quant à Samia Ghali, le socialiste « prend acte ». « C’est son choix, et c’est courageux d’être candidat. Cela clarifie les choses ». Benoît Payan croit encore au rassemblement. « Mais avec les Verts, par exemple, on a des constats partagés sur cette ville, objectivement. On peut se retrouver. »

Un rassemblement à construire à LREM

Depuis des mois, les marcheurs marseillais attendaient inlassablement une décision d’en haut pour désigner le candidat du parti présidentiel. Dans ce laps de temps, de nombreux candidats, déclarés ou non, se sont fait connaître, ont constitué des équipes, et commencé à plancher sur un projet. Ce lundi, la commission nationale d’investiture du parti a finalement décidé de soutenir l’ancien président de l’université d’Aix-Marseille Yvon Berland.

« L’objectif numéro 1 est désormais de rassembler les autres candidats déclarés ou moins déclarés, reconnaît Yvon Berland. L’objectif numéro 2 est de rassembler aussi tous ces gens qui ont travaillé avec ces personnes-là. » La mission semble réussie pour le député LREM Saïd Ahamada, également candidat à l’investiture qui a annoncé sa décision de rejoindre Yvon Berland. « On va se voir jeudi pour définir son rôle », affirme ce dernier. Et Jean-Philippe Agresti, également candidat ? « Il faut que je le voie aussi », reconnaît-il. « Rejoindre Yvon Berland ? Il est un peu tôt pour répondre à cette question, estime Claire Pitollat, députée LREM de Marseille. Je prends en compte la décision de mon parti. Je ne me suis pas cachée de mon soutien envers Jean-Philippe Agresti. Et je pense toujours que Jean-Philippe Agresti serait un élu intéressant pour notre territoire. »

Deux candidats de droite

Une rencontre a pourtant été organisée ce vendredi entre Martine Vassal, candidate investie par Les Républicains, et Bruno Gilles, son adversaire à l’investiture. Mais rien n’y fait : longtemps compagnons de route au sein de l’UMP ou des Républicains, les deux figures de la droite brigueront tous deux la mairie de Marseille. Ce lundi, le sénateur a annoncé sa décision de quitter le parti, mais fera tout de même concurrence à la présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole.

« Il y a un premier tour, il sert à se compter, alors comptons-nous », lance-t-il. Avant d’ajouter : « Ensuite, entre les deux tours, ça se fera secteur par secteur », en rappelant qu’il faut atteindre 5 % des suffrages exprimés pour pouvoir fusionner avec une autre liste, et 10 % pour pouvoir se maintenir au second tour. « Et quand on a 10 %, on vaut de l’or ». Des fusions pourraient se faire avec Martine Vassal et ses alliés au nom de « l’intérêt général », pour faire barrage au Rassemblement national et son candidat Stéphane Ravier. « Je ne prendrai pas le risque de faire élire le Rassemblement national dans quelque secteur que ce soit », affirme Bruno Gilles. Le parti d’extrême-droite est le premier et l’un des seuls pour l’heure à avoir présenté ses têtes de liste par secteur, en septembre dernier.