Marseille: « C'est ignoble », la Chambre régionale des comptes recadre Jean-Claude Gaudin

POLITIQUE Après avoir été victime des foudres virulentes de Jean-Claude Gaudin sur son rapport accablant sur la gestion de Marseille, la Chambre régionale des comptes a tenu à se défendre et recadrer le maire de Marseille

Mathilde Ceilles
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Le président de la chambre régionale des comptes Paca et ses magistrats
Le président de la chambre régionale des comptes Paca et ses magistrats — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Nacer Meddah, président de la Chambre régionale des comptes de PACA, a défendu le travail de ses équipes, mis en cause par Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille.
  • La CRC avait rendu un rapport au vitriol sur la gestion de la ville.
  • « Il est inacceptable que l’on puisse tenir des propos et prononcer des insinuations pouvant remettre en cause la déontologie des membres d’une juridiction indépendante », a-t-il notamment tancé.

« Je vous rassure, vous n’êtes pas dans un repaire de complotistes. Le seul drapeau qui flotte ici est le drapeau tricolore, celui de la République. » Dès le début de la conférence de presse, le ton est donné. Nacer Meddah, président de la chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d'Azur​, a réuni ce mercredi la presse, à l’avant-veille du début de sa période de réserve, avec un but : défendre le travail de ses équipes, en l’espèce les rapports au vitriol sur la ville de Marseille rendus officiellement public ce lundi, à l'issue du conseil municipal.

Un conseil municipal au cours duquel le maire LR de Marseille, Jean-Claude Gaudin, et ses adjoints ont violemment attaqué le président de la Chambre régionale des comptes et le travail de ses équipes. Convaincu d’être victime d'« un contrôle hors sol avec des œillères et des boules Quies », le maire s’en est pris directement aux magistrats, estimant que le gendarme des finances locales avait fait un « mauvais travail ».

Une juridiction indépendante

« J’ignore s’il existe une Inspection générale de la Chambre régionale des comptes, expliquait Jean-Claude Gaudin. Mais en toute hypothèse, je vais saisir le Premier président de la Cour des comptes des questions soulevées aujourd’hui, en particulier au respect de la déontologie. Je demanderai rectification, y compris par des voies de droit, de tout ce qui est inexact, déformé oublié ou diffamant. »

Une menace infondée et impossible à mettre en œuvre selon Nacer Meddah. « Chaque Chambre régionale des comptes est indépendante pour ce qui concerne leur travail, martèle-t-il. Il n’y a pas de lien hiérarchique. » Et d’ironiser : « Mais bon sans doute que certains connaissent mal les juridictions financières… »

Des accusations « inacceptables »

Devant un parterre de journalistes, mais aussi une partie des magistrats venus expressément assister à la prise de parole de leur président, Nacer Meddah se veut ferme face à ces accusations qu’il estime grave. « Il est inacceptable que l’on puisse tenir des propos et prononcer des insinuations pouvant remettre en cause la déontologie des membres d’une juridiction indépendante », lance-t-il.

Et ce, malgré ses engagements politiques passés ? En conclusion du débat sur le rapport, le chef de file de la droite au conseil municipal, Yves Moraine, avait rappelé que Nacer Meddah avait été secrétaire général de la campagne de François Hollande.

« On n’est pas loin du procès d’intention »

« Je suis pupille de la nation, s’agace Nacer Meddah. J’ai consacré toute ma vie au service de l’Etat. Quand j’ai pris un engagement citoyen, je me suis mis en congé de ma mission pour convenance personnelle. On n’est pas loin du procès d’intention. On n’est pas loin ce qui peut relever d’autre qualificatif ». Et de confier en marge de la conférence de presse : « C’est ignoble ».

Il se défend aussi de tout calendrier politicien, alors que Jean-Claude Gaudin avait regretté la publication d’un tel rapport peu avant les prochaines échéances électorales. « La chambre n’a pas travaillé dans la précipitation, le contrôle a été ouvert en mars 2017, il y a deux ans et demi ! », lance-t-il, rappelant que les rapports de la chambre avaient « vocation à éclairer avec objectivité, rigueur et impartialité, à rendre compte aux citoyens ».

Reste à savoir si, dans ce contexte de tensions, ses recommandations seront véritablement suivies. « Bon nombre de nos recommandations ne sont pas nouvelles. La situation [financière de la ville] est préoccupante, mais aussi la trajectoire. Plus la situation est difficile, plus il faut veiller à la trajectoire… » Selon ce rapport, la dette de la ville de Marseille s’élève à 2.023 euros par habitant, soit deux fois plus que la moyenne des villes comparables.