Marseille : L’avenir incertain du populaire marché aux puces, au cœur d’un quartier en pleine gentrification

URBANISME Le marché aux puces, véritable bazar populaire, est à l’aube d’une profonde mue, qui se veut en conformité avec la gentrification en cours dans ce coin des quartiers Nord de Marseille

Mathilde Ceilles

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Le marché aux puces de Marseille
Le marché aux puces de Marseille — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • A Marseille, dans les quartiers Nord, le marché aux puces va faire l’objet d’importants travaux.
  • L’objectif selon son propriétaire est de répondre aux « besoins d’une nouvelle clientèle » plus aisée, celle des nouveaux habitants du quartier en pleine gentrification après rénovation.
  • Certains craignent toutefois que le marché perde son âme populaire.

Les légumes bon marché, les boucheries halal et les poissons pas chers se succèdent dans un immense hangar un peu délabré. Nous sommes au cœur des quartiers Nord de Marseille. Depuis 1988 se dresse tout près de l’autoroute l’emblématique marché aux puces de la ville, immense « centre commercial » populaire de quatre hectares qui mêle stands de nourriture et vendeurs de babioles. Un véritable bazar au sens propre du terme, au cœur d’un quartier paupérisé encore en friche.

Mais plus pour longtemps. Le marché aux puces est en effet à l’aube d’une profonde mue. Selon une information de MadeInMarseille, un accord sur la rénovation du marché a été trouvé entre son propriétaire et l’établissement public Euroméditerrannée qui pilote le projet d’écoquartier Les Fabriques, tout autour du marché. Cette transformation qui sera effective dès 2020 se veut en effet conforme à l’image que l’on veut désormais donner du quartier, avec ses espaces de coworking et sa nouvelle population, bien loin de celle qui fréquente habituellement ces lieux.

« J’ai peur que ce marché devienne bourgeois »

« Nous allons procéder à l’amélioration physique des bâtiments, affirme André Coudert, propriétaire du marché au Puces. Et nous allons installer de nouveaux commerces, comme un fleuriste ou une pharmacie, pour répondre aux besoins des nouveaux futurs habitants du quartier, issus de la classe moyenne, avec un niveau de vie légèrement supérieur, tout en conservant les clients actuels. Cela ne peut générer que du bien. »

« J’ai peur que ce marché devienne bourgeois surtout, s’inquiète Jean-Pierre, 71 ans, habitué du marché depuis des années. Je viens ici pour l’ambiance, la gentillesse des gens. Quand je commande mes légumes, ils me le chargent directement dans la voiture. Qui le ferait en centre-ville ? »

« On a aucune information »

« Ça fait trente ans que je suis là, poursuit Sadi, le poissonnier. Les clients sont habitués. On les voit souvent. Des fois, ils nous confient ce qu’ils ne confient pas à leurs propres enfants. » « Et en venant ici, ils font des affaires, poursuit son collègue Hakim. Des prix comme ça, on n’en trouve pas partout. »

Que vont devenir ces commerçants de la première heure qui font l’identité historique du marché aux puces ? Certains jurent naviguer en plein brouillard. « On a aucune information, confie ainsi un commerçant de longue date sous couvert d’anonymat. Ça se fait entre Euroméditerrannée et le propriétaire du marché, comme si nous n’étions pas concernés. Ça sent mauvais pour nous, mais pas pour eux. Alors oui, je m’inquiète, c’est mon gagne-pain ! »

« Les commerçants sont tous informés par le biais de notes ou de réunion », se défend André Coudert. « On a reçu ça, voilà notre information », s’agace Malika, gérante d’une boucherie, une feuille de papier à la main indiquant dans un message succinct la tenue de travaux à compter de ce mardi. La commerçante toutefois n’est pas opposée à des travaux. « Il faut une rénovation, estime-t-elle. Il suffit de lever la tête pour voir que ce marché n’est pas aux normes. Il y a des trous au plafond… Et il n’y a pas de sanitaires. »

Et de déplorer : « On a aussi un problème de sécurité, à cause des jeunes qui traînent ici. Notre chiffre d’affaires est en chute libre. » Pour rappel, en 2018, une tentative de braquage s’était déroulée au sein même du marché. Contactée, Euroméditerranée n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ses lignes sont écrites.