Municipales 2020 à Marseille: LREM refuse d'investir (pour l'heure) un candidat et nomme un proche de Macron pour constituer une liste

LA REPUBLIQUE EN MARCHE LREM a désigné Jean-Marc Borello pour bâtir une liste pour les municipales à Marseille et se refuse pour l'heure de choisir un chef de file parmi les candidats déjà déclarés

Mathilde Ceilles

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Jean-Marc Borello a la lourde tâche de constituer une liste pour la cité phocéenne.
Jean-Marc Borello a la lourde tâche de constituer une liste pour la cité phocéenne. — STEPHANE ALLAMAN/SIPA
  • Ville stratégique pour les prochaines municipales, Marseille n’a toujours pas de tête de liste LREM désignée, malgré deux candidats à cette fonction.
  • Le parti présidentiel a pris ce lundi une surprenante décision : celle de ne pas investir pour l’heure un candidat.
  • A la place, LREM a mandaté Jean-Marc Borello, cadre du parti proche de Macron, de faire un casting géant pour constituer un projet et une liste potentiellement gagnante.

Pour Paris, La République en Marche (LREM) a choisi d’investir Benjamin Griveaux. Pour la métropole de Lyon, c’est acté depuis lundi soir , ce sera Gérard Collomb. A Marseille, Saïd Ahamada et Yvon Berland briguaient le poste de tête de liste LREM à la mairie de Marseille et sommaient Paris de se prononcer, alors que les municipales approchent à grand pas.

Mais à Marseille, en politique comme dans d’autres domaines, il faut croire que rien ne se fait comme ailleurs. Selon une information de La Provence confirmée par 20 Minutes, ce lundi soir, le bureau exécutif du parti présidentiel a décidé entre Saïd Ahamada et Yvon Berland de… ne pas choisir qui investir.

« Le sélectionneur des candidats à Marseille »

Alors que l’attente se faisait longue à quelques mois des élections municipales, LREM a décidé de désigner non pas une tête de liste, mais un de ses cadres, Jean-Marc Borello pour trancher cette épineuse question sur laquelle LREM bute à Marseille : comment gagner la deuxième ville de France, et avec qui ?

« Pour gagner une compétition de football, il faut bien qu’un sélectionneur constitue une équipe, non ?, s’amuse Jean-Marc Borello. Eh bien je suis désormais le sélectionneur des candidats à Marseille. » Ce sélectionneur d’origine marseillaise, président de la commission nationale d’investiture est surtout proche d'Emmanuel Macron, qui ne cache pas ses ambitions pour Marseille.

« Une reprise en main de Paris »

« Est-ce que cette nouvelle stratégie permet à Paris de contrôler l’investiture de chacun et d’éviter que la tête de liste pèse un peu trop dans le débat ?, s’interroge sous couvert d’anonymat une militante LREM marseillaise très active. Ou est-ce que LREM acte le fait qu’elle ne gagnera pas Marseille, et est donc dans l’idée d’avoir des conseillers municipaux dans chaque secteur ? Une chose est claire, c’est une reprise en main de Paris sur l’enjeu des municipales à Marseille. Mais une fois la liste LREM à Marseille élue, ce n’est pas Paris qui dirigera la ville, mais bien les élus marseillais qui prendront les décisions… »

« Aujourd’hui, on avait des tas de gens séparés dans différentes écuries, regrette Jean-Marc Borello. L’idée est de rassembler le plus largement possible celles et ceux qui veulent participer à cette aventure municipale, qui doit être collective. On avait à notre disposition un certain nombre d’individualités. Mais on commence par le début : on réfléchit à un projet pour Marseille, en rencontrant et en interrogeant les gens sur le terrain qui ont envie de s’investir. On construit une écurie et après, on choisit les chefs. Sur le terrain, on verra quelle tête de liste émerge et veut bien porter ce projet. »

« Au-delà de LREM »

« Cela permet de ne plus faire de la nomination à l’investiture un préalable à la discussion, tout le monde va devoir discuter autour de la table », abonde Cathy Racon-Bouzon, députée LREM de Marseille. Pour un parti qui a du mal à s’implanter à Marseille, cette méthode permet surtout d’envisager des alliances avec des politiques locaux, comme celle évoquée avec l’ancienne socialiste Samia Ghali, ou des figures associatives qui seraient refroidies par l’idée de se présenter sous l’étiquette LREM.

« Je vais rapidement venir à Marseille rencontrer tous les talents, qu’ils viennent de la société civile ou de partis traditionnels, au-delà de LREM, et repérer les personnes, secteur par secteur, pour constituer une liste gagnante à partir d’un arc progressiste », confie Jean-Marc Borello. « Les Verts, les mouvements associatifs, on est plusieurs à être sur la même ligne qui consiste à s’opposer à cette majorité en place et corriger les erreurs de gestion de la ville en proposant une alternance », affirme Cathy Racon-Bouzon.

« Je suis confiant »

Loin d’y voir un camouflet contre leurs candidatures et leurs équipes d’ores et déjà constituées, les deux prétendants marseillais affichent chacun une certaine sérénité. « Depuis le début, je dis que la LREM ne pourra pas gagner seule à Marseille, affirme Saïd Ahamada. Je voulais même candidater avec un binôme, ou une plus grande équipe, mais la commission nationale d’investiture ne le permet pas. Cela permet de discuter avec par exemple des gens de l’UDI qu’on a pu approcher ou d’autres mouvements politiques. »

« Je souscris totalement à la volonté de la direction de LREM de rassembler largement les talents dans tous les quartiers et secteurs de Marseille, indique Yvon Berland dans un communiqué de presse. C’est d’ailleurs ce à quoi je me suis employé depuis plusieurs mois avec mon équipe. […] Je suis confiant sur la suite du processus. » Jean-Marc Borello devrait se rendre à Marseille d’ici une dizaine de jours pour constituer une liste de différents noms pour les mairies de secteur et la mairie centrale.