A la Friche la Belle de Mai où en est la love story entre les Marseillais et le skate ?

REPORTAGE Depuis dix ans à la Friche de la Belle de Mai, à Marseille, le skatepark a vu la pratique street sortir de l’underground et devenir à la mode

Caroline Delabroy

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Pour ses 10 ans, le skatepark de la Friche s'offre une nouvelle fresque et de nouveaux modules.
Pour ses 10 ans, le skatepark de la Friche s'offre une nouvelle fresque et de nouveaux modules. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Le skatepark de la Friche de la Belle de Mai à Marseille fête ce week-end ses dix ans, avec un joli succès auprès des jeunes du quartier comme des familles bobos.
  • Avec le bowl du Prado, de renommée internationale, et des spots de rue comme celui de la Major, la love story entre Marseille et le skate n’a pas dit son dernier mot et le passage à vide de la fin des années 2000 semble à présent loin derrière.

Du bleu, du rose, du mauve. Artiste et skateuse en vue, Chloé Bernard peaufine sa palette de couleurs et met la dernière main à sa fresque pour les dix ans du skatepark de la Friche de la Belle de Mai, à Marseille. Pour l’occasion, des festivités sont programmées sur quatre jours, du 5 au 8 septembre (avec une mini-rampe dans le restaurant les Grandes Tables puis sur le toit-terrasse), et deux nouveaux modules ont été installés à l’entrée : une barre ronde pour glisser et un muret comblé pour rouler dessus. « Il faut rendre hommage à toute l’équipe du Board Spirit Marseille [BSM] à la Friche qui, depuis 2008, a porté cette énergie et fait un gros travail pour fidéliser tous ces jeunes autour du street », salue Benoît Moussilmani, organisateur de la Sosh Freestyle Cup, qui vient lui du monde du windsurf.

A l’écouter, la love story entre Marseille et le skate n’était pas forcément gagnée. Après le coup de foudre du début des années 2000, porté par la renommée du bowl du Prado, une période plus difficile a suivi. « Les marques ont alors investi d’autres tendances de glisse, comme le ski parabolique, le skate surf et le paddle », observe ce fin connaisseur des sports de glisse marseillais. Il affiche aujourd’hui un bel optimisme : « Depuis trois ans, il y a un gros effort des marques comme Vans ou Red Bull, on va passer dans une décennie très positive pour le skate avec les JO de 2020 et 2024, pronostique-t-il. Cela sera ensuite aux clubs de continuer le travail pour développer la pratique ».

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Momo bud (@momobud_) le 8 Avril 2019 à 10 : 22 PDT

Aujourd’hui la quarantaine et directeur du BSM, Guillaume Gauthier se souvient de ses premiers runs au début de la Friche. « C’était très agréable à skater, cela a vidé le spot de la préfecture, qui était alors LE point de rencontre pour le street, et il n’y avait pas tous ces skateparks dans les villes alentour comme aujourd’hui », rappelle-t-il. « C’était le premier skatepark conçu par et pour des skateurs avec Constructo », enchaîne l’incontournable Laurent Molinier, aka  Momo, à l’origine de l’aventure - il tient aujourd’hui le skateshop Bud Marseille à l’entrée de la Friche. « On a commencé avec quelques modules en bois dans la cour Jobin, avant de trouver des subventions, raconte-t-il. Cela n’a pas beaucoup changé, si ce n’est le public de street. On a réussi à faire venir les petits du quartier. »

« La Major, c’est le Macba de Marseille ! »

Effet de mode oblige, les minots côtoient pendant les cours et sessions libres « les adultes qui commencent ou se remettent au skate avec leurs familles ». A l’entendre, les skateurs confirmés viennent plutôt le soir, pour profiter du calme retrouvé du skatepark avant sa fermeture à 22 heures. Mais surtout, la ville leur offre de nouveaux terrains d’expérimentations, sur l’esplanade de la mairie ou à la Major. « A la Major, on croise toutes les nationalités, c’est le Macba de Marseille ! », compare Laurent Molinier (pour les non-initiés, le Macba est le musée d’art contemporain de Barcelone et un haut lieu du skateaboarding).

Bientôt, un skatepark doit aussi ouvrir sous la L2, dans le quartier Saint-Jean-du-Désert. Avec le bowl du Prado et le palais omnisports, Marseille offre ainsi une belle complémentarité aux amateurs de skate. « Au shop, je vois beaucoup de skateurs étrangers qui débarquent vivre à Marseille », assure Laurent Molinier. « Il y a une mode du skate, mais cela reste un truc assez ingrat, il faut s’accrocher, s’acharner, c’est un sport difficile », tempère toutefois Guillaume Gauthier. Et la première chose reste d’apprendre à bien monter sur la planche, pour ne pas se faire mal.

Le bowl du Prado à Marseille, un spot mythique