Marseille : «La Plaine, cela ressemble maintenant à n’importe où»… Entre critiques et satisfecit, les habitants jugent le premier acte des travaux

REPORTAGE Une allée piétonne et la nouvelle voie de circulation traversante ont été ouvertes fin août

Caroline Delabroy

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La Plaine à Marseille, où une première tranche des travaux de la place a été livrée fin août 2019.
La Plaine à Marseille, où une première tranche des travaux de la place a été livrée fin août 2019. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • La place Jean-Jaurès, la fameuse « Plaine » à Marseille, a partiellement rouvert, une première tranche des travaux ayant été livrée fin août.
  • Sans refaire le débat, entre nécessaire rénovation et crainte de gentrification, nous sommes allés voir les nouveaux aménagements et recueillir les premiers avis.

Pour voir les premiers aménagements de La Plaine, chantier à fort enjeu urbanistique au centre-ville de Marseille, il faut encore passer (un peu) entre des barrières et slalomer (beaucoup) entre les voitures. Une fois arrivés côté Petit Nice, la perspective se dégage : la « grande allée piétonne » à l’ouest de la place a été livrée fin août, de même que la nouvelle voie traversante ouverte à la circulation. Le pas alerte, tee-shirt blanc et short camel, Kévin sourit quand on lui demande son avis. Ce développeur parisien de 33 ans, tout juste tombé dans la marmite marseillaise (il est arrivé en juillet), sait qu’il est là en terrain fragile, entre les opposants de longue date au chantier et les riverains plus modérés. « J’attends de voir ce que va donner la place, je n’ose pas trop me mêler de tout ça », sourit-il. Mais il ajoute aussi : « Ce qui a été fait est tout à fait dans la norme de ce qui se fait à Paris, c’est standardisé, même si à Paris les arbres plantés sont généralement plus hauts. »

« On peut trouver une place comme ça à Barcelone, en Italie, pour moi, cela ressemble à n’importe où », se désole en écho Blandine. Elle habite le quartier depuis trente ans et fait partie de celles et ceux pour qui il était urgent de faire quelque chose. «C’était dans un état pitoyable, mais ce qui me choque le plus c’est à quel point on n’a pas respecté le patrimoine et gardé les proportions de La Plaine, qui n’est même plus une place avec cette rue traversante», critique-t-elle, avant d’ajouter : « Même en allant dans le sens de la mairie, qui veut des beaux marchés et de la montée en gamme, il y avait tellement plus joli et vivant à faire que ce sol qui va être noir en deux minutes comme au Vieux-Port, ces cailloux blancs au pied des arbres qui risquent de servir de projectiles, alors que des copeaux de bois auraient permis de garder l’humidité !»

La Plaine à Marseille, où une première tranche des travaux de la place a été livrée fin août 2019.
La Plaine à Marseille, où une première tranche des travaux de la place a été livrée fin août 2019. - C. Delabroy / 20 Minutes

«Ça va être chouette...» 

Assise autour de l’arbre, pour profiter de sa petite ombre, Lucie, 80 ans, attend sa petite-fille qui fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Des années qu’elle n’était pas venue dans le quartier. « Je ne reconnais plus rien! Pour le moment, c’est propre, c’est neuf », observe-t-elle. L'image contraste avec le souvenir de son dernier passage : « C’était le foutoir, ce n’était plus le marché d’antan où on venait pour les bons légumes et les magasins qu’on ne trouvait pas ailleurs, des merceries, de bonnes boucheries avec un super rapport qualité prix. » A quelques bancs du sien, un autre arbore des bouteilles vides et des tags. Les toilettes publiques, pas encore ouvertes, sont elles aussi déjà taguées. Michel, 52 ans, ne décolère pas contre ces « racailles » qui commettent selon lui « l’innommable », alors qu’il se dit « entièrement satisfait d’avoir une place propre et bientôt plus toutes ces voitures ».

«C’est tellement complexe cette histoire de La Plaine, soupire Antonia, riveraine depuis son arrivée d’Italie, il y a 15 ans. Elle a été abandonnée par la mairie pendant des années, il n’y a pas eu de concertation pour la rénovation, cela a été fait de façon tellement sauvage… C’est vrai que ça va être chouette après, mais j’espère que ça va conserver l’aspect populaire.» Elle parie, comme beaucoup, «sur ce côté marseillais qui s’habitue, il n’y a qu’à voir les petites terrasses qui arrivent à se mettre un peu partout malgré le chantier... »