VIDEO.Toulon: «C'est un miracle», comment l'épave du « Minerve», disparu en 1968, a été retrouvée

ARMEE Le sous-marin le Minerve, disparu en 1968, a été retrouvé dimanche dans la soirée, après une dizaine de jours de recherches en mer

Mathilde Ceilles

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Une photo de l'épave du «Minerve».
Une photo de l'épave du «Minerve». — Préfecture maritime
  • L’épave du sous-marin le Minerve a été retrouvée à une cinquantaine de kilomètres au large de Toulon.
  • Elle a pu être identifiée grâce aux lettres sur son flanc, encore intactes.
  • Des calculs très complexes et l’aide du Seabed Constructor, un navire américain, ont permis ce résultat.

M.I.N.E. Quatre lettres rouges sur le flanc de ce qui reste de l’avant du sous-marin militaire. Quatre lettres à la couleur intacte, malgré le demi-siècle passé sous l’eau, à une cinquantaine de kilomètres au large de Toulon, découvertes dimanche soir par une équipe d’une cinquantaine de marins, qui cherchait encore et toujours l’épave du Minerve.

« Il n’y a pas d’autres sous-marins de ce type qui commençait par "Mine", on est vraiment certain qu’il s‘agit du Minerve, se réjouit le vice-amiral Charles-Henri du Ché. La couleur a été conservée, et c’est un miracle qui nous a aidés. » Depuis huit mois, le préfet maritime de la Méditerranée était chargé de superviser les opérations visant à retrouver l’épave du bâtiment, porté disparu depuis cinquante et un ans avec, à son bord, une cinquantaine d’hommes.

Nouvelles technologies

Depuis ce dimanche, peu après 19h, la mission est désormais réussie, après huit mois de préparation et une dizaine de jours de recherches en mer. A 45 km au sud de Toulon et à une vingtaine de kilomètres plus au sud de l’endroit initialement sondé au moment de la catastrophe, les équipes ont retrouvé, dans une bande de 300 mètres, la partie avant du sous-marin avec cette fameuse inscription en lettres rouges, la partie arrière, et, au milieu, de nombreux débris éparpillés sur le sol.

Un succès qui a été facilité par les nouvelles technologies, selon le préfet maritime. « Le commissariat à l’énergie atomique a repris tous les calculs avec des nouveaux éléments qui ne pouvaient pas être exploités à l’époque, explique-t-il. Ils ont pu réanalyser des signaux sismiques extrêmement complexes avec des calculateurs extrêmement puissants dont ils disposent depuis quelques mois. Ces calculateurs les ont conduits à proposer une zone de recherche plus au sud que celle qui avait été cherchée ».

De son côté, le service océanographique de la marine, grâce à sa connaissance plus fine qu’à l’époque des courants marins, a réussi à établir le fait que les nappes d’huile retrouvées au nord peu après l’accident pouvaient provenir du sud, malgré un vent du sud.

Drones et caméras

D’importants moyens sous-marins ont été déployés afin d’aboutir à ce résultat. « Pour trouver des épaves comme celle-ci, on travaille en deux temps, explique le vice-amiral Charles-Henri du Ché. D’abord, on mesure avec des sondeurs latéraux les anomalies par rapport à la cartographie connue de la zone. Une fois qu’on en a déterminé un certain nombre, il faut aller les voir. Et ça prend beaucoup de temps. »

Après une première cartographie des fonds marins établie par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, ce sont les drones du Seabed Constructor, de la compagnie privée Ocean Infinity, qui ont apporté dimanche la confirmation visuelle de l’emplacement du Minerve. L’arrivée sur site le 6 juillet, douze jours après la reprise des recherches, du navire américain, a permis de confirmer la localisation de l’épave.

Des photos en guise de « témoignage »

Ce navire, équipé de la technologie la plus sophistiquée, dont des caméras sous-marines capables de filmer jusqu’à 6.000 mètres de profondeur, avait déjà permis de retrouver la trace du sous-marin argentin San Juan, disparu avec 44 hommes à bord au large de l’Argentine en novembre 2018.

De nombreux clichés de l’épave ont été et continuent d’être pris par cette même société. Mais rien n’indique que ces clichés apporteront des réponses aux questions des familles des victimes sur les circonstances de cet accident. « Ces photos, ce sont plutôt un témoignage », explique le préfet maritime.

Comme toutes les autres épaves, le Minerve est désormais vouée à rester là, à des milliers de mètres de profondeur. Un « sanctuaire marin » qui fait désormais office de sépulture pour les 52 marins ayant péri dans cet accident, il y a un demi-siècle. Une cérémonie en leur hommage va être prochainement organisée, là même où, ce dimanche, les équipes ont localisé l’épave.