Bouches-du-Rhône: Plusieurs cas de harcèlement au Lidl de Rousset

JUSTICE Après le suicide de Yannick Sansonetti dans un entrepôt de Rousset, une information judiciaire a été ouverte sur un autre cas d'harcèlement moral, dans le même entrepôt

Mathilde Ceilles

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Une enseigne Lidl. Illustration.
Une enseigne Lidl. Illustration. — PHILIPPE HUGUEN AFP

« En fait, c’est un peu comme chez France Télécom, nous sommes à une ère du management qui prône le marche ou crève. A l’extérieur, j’avais la peau dure, mais à l’intérieur, j’étais laminé, épuisé. » Il y a un an, Patrice Tonarelli a été reconnu par l’inspection du travail victime de harcèlement de la part de Lidl. Ce salarié au sein de l’entreprise depuis treize ans travaillait à l’entrepôt de Rousset, dans les Bouches-du-Rhône. Là même où un de ses collaborateurs, Yannick Sansonetti, s’est donné la mort, sur son lieu de travail, en 2015, donnant lieu à l’ouverture d’une information judiciaire, et un reportage très commenté de Cash Investigation.

A en croire Patrice Tonarelli, les difficultés ont commencé à partir du moment où ce dernier a témoigné publiquement, dans le cadre d’un projet de loi porté par François Ruffin, sur la situation de Yannick Sansonetti et celle de l’entrepôt de Rousset. « Le cas de Yannick Sansonetti n’est pas isolé, affirme-t-il. La pratique managériale a clairement changé depuis 2012. On me demandait des choses impossibles à faire pour des êtres humains. J’ai témoigné, et on m’a mis en sous-effectif, on m’a mis dans des conditions de travail compliqué pour ensuite me le reprocher. Et on m’a annoncé que j’étais licencié. »

Deux dossiers étudiés par un même juge

Un cas pris au sérieux par l’inspection du travail, qui, après une longue enquête, a remis un rapport sur le cas de Patrice Tonarelli au parquet de Marseille. Conséquence ? L’ouverture d’une information judiciaire sur ce nouveau cas de harcèlement à l’entrepôt du Lidl de Rousset, comme l’annonçait Marsactu. Un nouvel élément dans la procédure qui laisse présager un procès complexe, avec plusieurs cas similaires, à l’image du procès de France Telecom qui se tient actuellement.

Les deux dossiers sont en effet étudiés par le même juge d’instruction, et se rejoignent sur certains points. Et ce, alors que, la semaine dernière, la cour d’appel d’Amiens ​jugeait les méthodes de management de l’enseigne allemande Lidl vis-à-vis de deux anciens chefs de magasin. « J’y étais, et on nous dit les mêmes choses, des salariés ont fait des tentatives de suicide », explique Nicolas Sansonetti, le frère de Yannick Sansonetti.

« Au point mort »

De quoi expliquer la lenteur de la procédure actuelle au parquet de Marseille ? Cinq ans après le suicide de Yannick Sansonetti dans son entrepôt de Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, aucune ordonnance n’a été prononcée dans le volet pénal de cette affaire. Or dans le même temps, le dossier s’étoffe. « C’est très long et c’est assez inexplicable, nous ne sommes pas dans des délais normaux, regrette Me François Burle, avocat de la famille Sansonetti. Je veux bien que la Justice manque de moyens. Mais dans ce dossier, les faits sont graves, il y a des éléments contre Lidl, accablants, notamment un rapport du CHSCT, un jugement au civil qui condamne Lidl. Et malgré cela, la procédure est au point mort. »

Selon Me Burle, le dernier contact avec le juge d’instruction en charge du dossier remonte au 23 novembre 2017. « J'ai envoyé plusieurs courriers, et je n’ai pas de réponse, regrette Nicolas Sansonetti. Nous n’avons même pas été informés du changement de juge d’instruction. Nous, ce qu’on veut, c’est pouvoir avancer, et pour le moment, le deuil, on ne peut pas le faire. »

Contacté, le parquet de Marseille n'a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ses lignes sont écrites. La société Lidl assure ne pas avoir « connaissance à ce jour d'une information judiciaire ouverte à l'encontre de la direction régionale Lidl de Rousset » et affirmer collaborer « pleinement avec les services de l'Etat, inspection du travail et officier de police judiciaire ».