VIDEO. Bouches-du-Rhône : Guitare, cierges et traditions… A quoi ressemble le pèlerinage des gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer

REPORTAGE Depuis des années, à la fin du mois de mai, la petite ville des Saintes-Maries-de-la-Mer, au cœur de la Camargue, rassemble plusieurs milliers de gitans venus de l’Europe entière

Mathilde Ceilles

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La Sara noire devant des pélerins
La Sara noire devant des pélerins — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Chaque année, plusieurs milliers de gitans se rassemblent pour un pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer.
  • 20 Minutes a suivi la famille Baptiste, clan emblématique de la communauté, dans cette fête particulière.

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, même les vendeuses de cierges, soigneusement postées devant l’église en cette période de pèlerinage, connaissent les Baptiste. Leur camp est installé un petit peu plus loin, près du cabinet médical. Il faut dire que les Baptiste, une famille emblématique de la communauté gitane, sont au cœur du pèlerinage des gitans et autres gens du voyage qui se déroule ici, chaque année.

Depuis des années, chaque aîné des Baptiste est en effet « porteur » de Sainte Sara, la vierge noire patronne des gitans pour laquelle les 4.000 pèlerins se déplacent chaque année. Ce sont eux qui transportent sur leurs épaules la petite poupée sombre, recouverte de vêtements confectionnés par les gitans dans l’espoir de voir leurs prières être exaucés. Une fonction « privilégiée » au sein de la communauté et qui se transmet de père en fils.

Un même rituel

Et chaque année, c’est le même rituel, immuable. Peu avant la cérémonie, Jean-François Baptiste et son fils aîné ôtent leurs souliers et revêtent leurs habits blancs de porteurs. Sous les chants religieux de leurs proches, ils avancent d’un pas tranquille vers l’église Notre-Dame-de-la-Mer, embrassant çà et là ceux qui viennent les saluer avec respect. Le petit groupe fend la foule dans l’église pleine à craquer pour pénétrer dans la crypte à la chaleur étouffante en raison des nombreux cierges qui brûlent ici depuis plusieurs jours.

Puis, c’est l’effervescence. Chaque pèlerin attend patiemment son tour pour embrasser la statue. Les visages s’approchent de la Sara noire, et les sanglots éclatent, la tête blottie contre sa joue. Là, une vieille dame qui psalmodie longuement, l’œil humide, avant de déposer un collier autour du cou de la Vierge noire. Plus loin, un jeune homme qui fond en larmes en déposant sa tête contre la Sara noire, comme s’il déposait là tous ses problèmes. Chacun veut la toucher, l’embrasser, si bien que de loin, on ne peut même plus l’apercevoir.

« C’est la tradition »

Après la cérémonie, les Baptiste défilent dans les rues pour porter la Sara noire jusqu’à la mer, sous l’œil des milliers de pèlerins et touristes venus assister à l’événement. Un rendez-vous que Jean-François Baptiste ne manquerait pour rien au monde. « Je suis porteur depuis 1995, et j’ai eu la chance de porter avec mon fils et mon père, se réjouit-il. C’est un vrai honneur pour nous. Mais c’est pas juste porter. C’est énorme. On représente notre famille, les anciens, tous ceux qui ont été là avant nous, et toute la communauté. Et j’espère transmettre cela à mes enfants et mes petits-enfants. Je le ferai tant que je pourrais marcher. Je n’ai jamais raté un pèlerinage. C’est la tradition, la foi et la fête. »

Ce grand rassemblement de gitans est en effet un moment clé pour la communauté. « Le pèlerinage se prépare des mois à l’avance, explique, une guitare à la main, Franck Marcou, issu d’une autre famille emblématique des gitans, et membre de la confrérie des Saintes. On vient seul ou en famille quinze jours avant, pour avoir notre emplacement dans le camp. On se met chaque année sur le même et les places sont chères ! Comme on est tous partout toute l’année, c’est une manière de se retrouver. Et on fait de la musique ensemble, c’est une façon de se parler, comme on est pudique… »

« Le dernier des Mohicans »

Pour Payou Baptiste, le « boss » des gitans et frère de Jean-François, ce pèlerinage est aussi un moyen de sauver sa culture, alors que les gitans se sédentarisent peu à peu. « Avant, c’était là que les décisions importantes étaient prises, que les gens faisaient leurs demandes en mariage… Même Mani de Plata a refusé de faire des dates pendant les Saintes. On met en application ce que font les anciens, alors qu’il y a de plus en plus de mariages mixtes. Et notre culture se perd. Je suis peut-être le dernier des Mohicans. Et c’est pour ça que c’est un honneur d’avoir une rue à notre nom désormais. » Aux Saintes-Maries, une rue a en effet été rebaptisée au nom d’un ancêtre des Baptiste, comme pour sceller à jamais le lien entre ce clan gitan et la petite commune camarguaise.