Marseille: Logements sociaux, Le Corbusier, parc Longchamp…. La commission d’enquête a parlé

URBANISME Dans son rapport, la commission d’enquête publique demande que la ville de Marseille abaisse, sans attendre, le seuil de 100 logements pour déclencher les 30 % de logements sociaux.

Caroline Delabroy

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La commission d'enquête pointe le manque d'équilibre territorial des logements sociaux à Marseille. (Photo d'illustration)
La commission d'enquête pointe le manque d'équilibre territorial des logements sociaux à Marseille. (Photo d'illustration) — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • La commission d’enquête a publié ce vendredi son rapport sur le plan local d’urbanisme intercommunal de Marseille Provence.
  • Au titre des réserves, que la métropole devra obligatoirement prendre en compte pour revoir sa copie, le seuil de 100 logements (à partir duquel un programme immobilier doit compter du logement social) doit être abaissé de façon substantielle.
  • Parmi ses recommandations, la commission demande d’initier plus de mixité sociale.

Un peu plus de 7.780 requêtes pour un dossier complexe et touffu. De l’avis même de la commission d’enquête publique, qui a publié ce vendredi son rapport sur le plan local d’urbanisme intercommunal (Plui) du territoire Marseille Provence, « la mobilisation du public a été conséquente » avec, en moyenne, une observation formulée pour 134 habitants. 20 Minutes fait le point sur les gros dossiers, en premier lieu le logement et la mixité sociale.

Les seuils pour le logement social

La thématique a rassemblé plus de 360 observations, parmi lesquelles celles portées par le collectif « Un Centre-ville pour tous », qui avait dénoncé un « projet ségrégatif ». Première victoire, que savoure l’urbaniste Patrick Lacoste, cofondateur du collectif : la commission d’enquête exige « un abaissement substantiel du seuil de 100 logements » à Marseille, à partir duquel un programme immobilier doit compter 30 % de logements sociaux. Autrement dit, la métropole va devoir revoir sa copie sur le sujet.

« L’enjeu, à présent, est de voir où elle va placer le curseur, affirme, vigilant, Patrick Lacoste. Nous avions proposé le seuil de 10 logements. » « On va revoir le taquet », a de son côté réagi en conférence de presse Laure-Agnès Caradec, vice-présidente en charge de l’urbanisme à la métropole, sans s’avancer outre mesure sur la fourchette, loin s’en faut. « Il y a la question du logement social neuf mais il faut aussi régler la question des copropriétés, poursuit-elle. L’objectif est de faire l’acquisition de copropriétés dégradées qui font office de logement social pour les transformer en vrai logement social ». « Le vrai challenge, il est là », tranche-t-elle.

La mixité sociale

Le sujet ne fait pas partie des réserves mais des « recommandations » de la commission d’enquête. Autrement dit, il n’a pas de caractère obligatoire. Reste que la métropole est invitée à ne pas attendre l’approbation du PLH (Programme local de l’habitat), qui a été retiré du vote du dernier conseil faute d’accord du Pays d'Aix et doit intégrer à terme le PLUi, pour agir en matière de logements sociaux. Plus encore, elle se doit de mettre en œuvre « des rééquilibrages par arrondissement sur Marseille », selon les mots de la commission d’enquête.

« La réflexion engagée par le PLH intègre le rééquilibrage », assure Laure-Agnès Caradec, qui dans un même temps pointe le « manque de foncier disponible en dehors des grandes opérations d’aménagement ». « Il y a des arrondissements où cela va être très compliqué », ajoute-t-elle, en citant les 4e et 6e arrondissements notamment. « Pas de foncier disponible ? », s’époumone de son côté Patrick Lacoste d’Un Centre ville pour tous. « Il y avait déjà une réserve dans le précédent plan d’urbanisme sur le rééquilibrage, ils se sont assis dessus », ajoute-t-il, n’excluant pas, une nouvelle fois, de faire un recours devant le tribunal administratif.

Le parc Longchamp

La commission d’enquête formule deux réserves à propos de ce parc emblématique de Marseille. D’abord la suppression de l’emplacement réservé prévu pour le parking de proximité. Est-ce à dire que le projet est définitivement enterré ? « Je le prends un peu comme un leurre », dit Eric Mullard du collectif Laisse Béton et à l’origine de la pétition contre le projet de parking de 500 places à l’angle des boulevards Cassini et Jardin zoologique. « Ce qu’on veut, c’est une remise en état, un reboisement, une politique volontariste de remettre en l’état et entretenir ce parc totalement à l’abandon », ajoute-t-il.

La commission demande par ailleurs d’étendre les zones du parc en « espace boisé classé ». « Ces zones ne sont pas la solution, estime néanmoins Laure-Agnès Caradec. Si on veut faire des toilettes, une aire de jeux ou agrandir la cabane du gardien, on ne peut rien faire. Il faut un zonage qui permette l’évolution de ce qu’est un parc public. » Et pour la chargée à l’urbanisme, l’AVAP (Aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine), dont fait partie le parc Longchamp, est, dans tous les cas, « un statut protecteur ».

La cité Le Corbusier

Avec le projet d’hôpital privé à Saint-Barnabé, l’opération d’aménagement Cité Radieuse/Michelet fait partie des plus débattues. Sur le sujet, qui a fait grand écho avec le risque de déclassement Unesco, la commission d’enquête instaure ce qu’elle appelle « un périmètre d’attente » sur le secteur de la Cité Radieuse. Cela afin de laisser le temps de la réflexion et de la concertation. « Il est hors de question de perdre le label Unesco », a voulu de son côté rassurer Laure-Agnès Caradec.

Et maintenant ?

Sur les 11 thématiques passées en revue par la commission d’enquête (logement, habitat, environnement, opérations d’urbanisme, mais aussi agriculture, équipements, mobilités, etc.), la métropole va, selon les termes de sa chargée de l’urbanisme, « tendre vers une levée générale des réserves et recommandations ». Le public n’aura, en retour, de réponses concrètes à ses requêtes que lors de l’approbation finale du PLUi, prévue en décembre 2019. Charge ensuite de porter les désaccords, ou non, devant le tribunal administratif.

Le rapport complet de la commission d’enquête est consultable ici.