VIDEO. Marseille: Des élus accusés de louer un logement indigne, six mois après la rue d'Aubagne

POLITIQUE Plusieurs élus de droite marseillais accusés, continuent d'exercer leur mandat, au grand dam de l'opposition

Mathilde Ceilles

— 

Une femme à la fenêtre d'un immeuble situé rue d'Aubagne à Marseille.
Une femme à la fenêtre d'un immeuble situé rue d'Aubagne à Marseille. — Gérard Julien / AFP
  • Plusieurs élus de la droite marseillaise se retrouvent épinglés dans des affaires de logement insalubre.
  • Parmi eux se trouve notamment André Malrait, adjoint au maire, dont le logement sera au cœur d’une audience ce jeudi devant le tribunal.
  • Si certains se sont vus retirés ou suspendus de leurs délégations, la plupart a conservé leur mandat, au grand dam de l’opposition.

« Je suis tout à fait serein. J’ai toujours été dans mon bon droit, j’ai des preuves fournies par des gens qualifiés. Alors qu’elle, elle ne payait pas son loyer. Tout a été remis en état. La moisissure est due à un manque d’aération de la part de la locataire, et la mairie n’a jamais mis en demeure de quoi que ce soit. N’allez pas inventer des choses. Ça suffit maintenant. » André Malrait coupe court à la conversation. L’adjoint au maire à la mairie de Marseille en charge du patrimoine est dans la tourmente depuis quelques semaines, en raison de son propre patrimoine.

A 87 ans, le doyen du conseil municipal, proche de Jean-Claude Gaudin, a été épinglé en mars dernier par le service d’hygiène de la ville de Marseille. Motif ? Le logement de 15 m² que cet ancien architecte loue 520 euros par mois a été reconnu insalubre par ce même service, comme le confirmait un adjoint au maire à 20 Minutes il y a quelques semaines. L’ancienne locataire, qui refusait de payer son loyer depuis plusieurs mois dans l’attente de travaux, a fait appel à un huissier pour constater le délabrement de son logement avant de le quitter.

Des affaires « regrettables » pour la droite locale

En réponse, l’adjoint au marie a décidé d’assigner sa locataire en justice pour ces loyers non dus. Hasard du calendrier, le référé sera examiné ce jeudi, à quelques jours seulement du triste anniversaire des six mois du drame de la rue d’Aubagne. « Avec d’autres élus, nous avons demandé qu’il rende son écharpe, explique Benoît Payan, chef de file du groupe socialiste au conseil municipal. Cette situation a quelque chose d’improbable. André Malrait est un ancien adjoint à l’urbanisme, en charge aujourd’hui du patrimoine. Il ne peut pas d’un côté édicter des règles qu’il connaît très bien et de l’autre s’en affranchir. »

Alors André Malrait doit-il démissionner ? A l’autre bout du fil, Yves Moraine laisse échapper un petit rire embarrassé. « C’est délicat », reconnaît le président du groupe majoritaire au sein du conseil municipal. Puis de concéder : « Ce genre d’affaires est regrettable. Ce type de décision relève du choix de l’élu, de la conscience de chacun dès lors qu’il n’y a pas de décision de justice. »

Plusieurs élus épinglés

La question se pose d’autant plus que le cas d’André Malrait n’est pas unique dans la galaxie politique marseillaise. En décembre dernier, Marsactu a révélé qu’un autre élu de droite, Thierry Santelli, vice-président du conseil départemental, est propriétaire d’un appartement frappé d’un arrêté de péril imminent. Peu après la publication de cette information, dans un communiqué, la présidente du conseil départemental Martine Vassal avait indiqué avoir accepté la démission de l’élu, « une décision conforme à mon souhait de voir des règles claires et strictes s’appliquer dans le contexte lié à l’habitat indigne et dégradé sur notre territoire ».

Trois semaines plus tôt, elle avait déjà accepté la démission de ses fonctions de vice-président de la Métropole, qu’elle préside également, de Bernard Jacquier, avocat en droit immobilier, qui possédait un appartement dont les locataires avaient été évacués à la suite d’un arrêté préfectoral d’insalubrité.

« J’attends la décision de justice »

Quelques jours après le 5 novembre, le président LR de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Renaud Muselier, avait déjà suspendu Xavier Cachard. Ce vice-président LR du conseil régional est propriétaire de l’un des appartements au 65 rue d’Aubagne, l’un des immeubles qui s’est effondré, causant la mort de huit personnes.

Mais André Malrait, Xavier Cachard ou Bernard Jacquier ont tous conservé leur mandat. « J’attends la décision de justice, indique Renaud Muselier. Je ne veux pas le condamner à chaud, la justice fait son travail. Xavier Cachard est pris dans une histoire si insupportable qu’il a été suspendu de toutes ses fonctions, mais pas démis. Si jamais il avait une part de responsabilité là-dedans, je demanderai sa démission. »

Même son de cloche du côté d’Yves Moraine. « Si la décision de justice de ce jeudi stigmatisait l’attitude de M. Malrait, alors ce serait différent, et il appartiendra au maire ou au président de groupe de revoir les choses », prévient-il. Ou comment, dans une ville frappée par une crise du logement sans précédent, un simple conflit privé se mue en un procès politique hautement sensible.

​​​​