VIDEO. Grand débat national: «Des mères demandent des têtes blondes dans les écoles des quartiers prioritaires» selon Saïd Ahamada

INTERVIEW Une vingtaine de propositions issues du grand débat national dans les quartiers, dont la suppression de la carte scolaire, vont être transmises par des députés au gouvernement

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Saïd Ahamada est député LREM de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône
Saïd Ahamada est député LREM de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Plusieurs députés LREM, dont Saïd Ahamada, remettent ce mercredi au gouvernement une série de propositions issues du Grand débat national dans les quartiers
  • Parmi ces propositions se trouvent la suppression de la carte scolaire et l’enseignement du fait religieux à l’école.
  • Les habitants de ces quartiers se disent victimes de discriminations et souhaitent des mesures dans ce sens.

Ce mercredi, plusieurs députés LREM membres du groupe de travail sur la politique de la ville, dont Saïd Ahamada, député des quartiers Nord de Marseille, remettent au ministre du Logement et de la Ville Julien Denormandie une synthèse du Grand débat national​ organisé dans les quartiers prioritaires. Une vingtaine de propositions a émergé de ces échanges, avec, en toile de fond, selon le parlementaire, également porte-parole de LREM à l’Assemblée nationale, la sensation d’être des « Français de seconde classe ».

 

Quelles sont les principales inquiétudes des habitants des quartiers prioritaires qui ont participé au Grand débat national ?

Trois thèmes sont à mettre en exergue. Le premier est l’éducation. Les habitants des quartiers populaires n’ont pas accès à une éducation de qualité. Ils proposent de supprimer la carte scolaire, car elle est contournée par ceux qui ont les moyens de le faire. Ils sont confrontés dans les écoles à un problème de niveau des élèves et une non-mixité.

On retrouve également la question de la difficulté d’accès aux administrations par la voie dématérialisée. Dans ces quartiers, la fracture numérique semble plus importante qu’ailleurs : les gens ont moins accès aux ordinateurs ou à Internet. Et il y a une inquiétude, notamment des commerçants, pour la déclaration de l’impôt sur le revenu.

Enfin, il y a un vrai sentiment de discrimination, vis-à-vis du logement, des transports, de l’accès à l’emploi, à la formation… Il ressort de ces débats un sentiment d’être des Français de seconde classe qui souffrent d’une ghettoïsation.

Cet état des lieux dressé par ces habitants est connu de tous depuis des années…

Oui, il n’y a pas de révolution dans ce qui a été sorti. Mais c’est important que ces habitants se soient exprimés pour dire ce qui les gêne au quotidien, et utile car ils ont ainsi conscience qu’ils appartiennent à la République. Cela montre également que ces problématiques ne sont pas réglées. Elles méritent d’être dites et redites auprès du gouvernement : ces territoires oubliés doivent arrêter de l’être.

Le gouvernement doit répondre à l’aspiration légitime de tous les Français, y compris de ces territoires. Au moment où le président va prendre des décisions pour tous les Français, c’est le moment de faire front pour ces habitants qu’on a regardé un peu à part. Il y a des choses en chantier, il faut continuer dans ce sens.

Quelles propositions des habitants des quartiers populaires émergent de ce Grand débat national ?

Nous allons remettre au ministre une vingtaine propositions dans cette synthèse. Pour l’accès au droit, ces habitants proposent la création de maisons de justice, ou de maisons de santé afin de lutter contre la désertification médicale. Outre la suppression de la carte scolaire, ils réclament une éducation parentale et la promotion de la co-éducation. Il s’agit d’accompagner dans le domaine de l’éducation et dire qu’il n’y a pas que l’école qui éduque. Il faut faire en sorte de ne pas avoir de gamins livrés à eux-mêmes.

Ils demandent également la gratuité des transports pour tous. Ils proposent aussi de réintroduire l’enseignement du fait religieux depuis l’école élémentaire, et d’adopter une définition commune de la laïcité. Il y a une interrogation sur la distinction de ce qui relève du religieux ou non. Dans un territoire sans service public, il y a une forme d’entre soi, et c’est eux-mêmes qui se créent leurs propres règles. Ces territoires ont besoin de l’Etat, de services publics, pour être insérés dans la société. C’est aussi pour cela que des mères de famille demandent des têtes blondes dans les écoles.

Mais vous savez bien que le gouvernement ne va pas donner satisfaction à chacune de ces revendications…

Sur les questions de la gratuité des transport, on peut l’envisager pour certaines catégories de population. Pour une meilleure desserte, on peut contraindre certaines métropoles, comme celles de Marseille, à développer les transports dans les quartiers Nord en contrepartie de financement par exemple.

Et ce qui touche les quartiers populaires, on le retrouve ailleurs en France. On a dans ces territoires l’impression qu’ils cumulent les handicaps des territoires ruraux, avec des problèmes d’accès aux services publics par exemple, et ceux des grandes villes, avec des soucis de logement. Moi, je ne veux pas d’une politique spécifique aux quartiers populaires. Le président parlera à tous les Français, et les propositions pourront répondre aux problématiques de tous. Après, je ne sais pas ce que le gouvernement va décider.

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