VIDEO. Marseille: Après une lourde opération, ils regagnent leur chambre en marchant… Quel est le secret de l’hôpital Nord ?

POST-OPÉRATION Des patients à qui on a enlevé le colon ou une partie du poumon se mettent debout et commencent les exercices respiratoires dès la salle de réveil

Caroline Delabroy

— 

Un bloc opératoire dans un hôpital de Marseille. (Photo d'illustration)
Un bloc opératoire dans un hôpital de Marseille. (Photo d'illustration) — AFP
  • Depuis juin 2018, l’hôpital Nord de Marseille lève certains patients, sujets à risque de complication respiratoire, dès la salle de réveil.
  • Les premiers exercices pour oser tousser ou respirer normalement, malgré la lourde intervention chirurgicale, leur sont alors proposés.
  • Ce protocole innovant permet à 80 % des patients de marcher, certains rentrant ainsi à leur chambre.

A 85 ans, après une lourde opération, il était le lendemain à la cafétéria en tenue de jogging, candidat pour quitter le jour même l'hôpital. « D’habitude, des patients comme lui ne veulent pas sortir de leur chambre et souvent, ils restent hospitalisés quatre à cinq jours », relève le docteur Laurent Zieleskiewicz, anesthésiste-réanimateur au sein du service du Pr Marc Leone à l’hôpital Nord de Marseille. Quel est donc ce secret médical qui fait se lever et marcher des patients après qu’on leur a enlevé le colon, le pancréas, l’œsophage ou une partie de poumon ? A l’écouter, tout, ou presque, se joue dès la salle de réveil.

« Dès que nous avons calmé la douleur, nous faisons lever les patients et leur faisons faire les premiers exercices de kinésithérapie respiratoire, explique le médecin. La réhabilitation commence le jour J, et non après le retour en chambre à J + 1 ou même davantage. » En effet, si l’opération a lieu un vendredi, la personne doit parfois attendre jusqu’au lundi pour faire des premiers exercices. Or ce temps est précieux pour éviter les risques de complications respiratoires, fréquents après ces opérations lourdes. « Si le patient reste allongé, les poumons se ratatinent, et si on ne lui apprend pas d’emblée à oser respirer profondément et tousser, il va s’encombrer et là les complications apparaissent », continue Laurent Zieleskiewicz.

«Cela change tout au niveau du moral»

La recette semble de bon sens, et pourtant l’hôpital Nord est, à sa connaissance, le seul à pratiquer de tels exercices dès la salle de réveil. Le personnel est formé à cela. Cette nouvelle vision s’inscrit toutefois dans la suite logique d’un protocole post-opératoire importé des pays nordiques, et qui se développe en France sous l’acronyme RAAC (pour « réhabilitation améliorée après chirurgie »). « Petit à petit, tous les tabous tombent, dont celui de laisser allonger le patient au maximum », se félicite le médecin, pour qui « la clé de tout ça est la responsabilisation du patient ».

« Les patients ont une influence sur la guérison », comme leur explique le Dr Laurent Zieleskiewicz pour les convaincre de se lever, et d’esquisser quelques pas de marche. « Je le fais même pour les plus âgés, poursuit-il. Il est prouvé que le fait de faire de l’exercice agit sur le cerveau et permet de diminuer les états de confusion au réveil.» Pierre, 57 ans, opéré par endoscopie d’une tumeur cancéreuse au niveau de la cage thoracique, ne tarit pas d’éloges sur la méthode. «Le fait d’entrer et de sortir en marchant, cela change tout au niveau du moral», confie-t-il l’après-midi même de son opération, d’une voix un peu groggy mais bien présente. «Je sais que si je respire profondément, je ne vais pas m’ouvrir la cicatrice en quinze secondes, et je vais pouvoir sortir plus vite», ajoute-t-il.

Sur les 500 patients ainsi accompagnés depuis juin 2018, près de 80 % ont marché juste après leur réveil. Certains ont parcouru jusqu’à 300 mètres pour rejoindre à pied leur chambre, avec pourtant un drain thoracique ou une péridurale. « Souvent, d’eux-mêmes, ils se mettent alors sur le fauteuil et pas dans le lit, cela change tout pour la suite », assure le médecin. Une étude chiffrée sur ce protocole innovant est en cours, elle livrera ses résultats d’ici quelques mois.