Marseille: L'impossible rénovation des écoles?

EDUCATION Sur le bureau du maire de Marseille depuis plusieurs années, et plus récemment celle du ministère de l'Education nationale, la question des écoles délabrées de la cité phocéenne semble s'enliser 

Mathilde Ceilles

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L'état de délabrement de certaines écoles est connue depuis des années
L'état de délabrement de certaines écoles est connue depuis des années — P. Magnien / 20Minutes archives
  • A Marseille, les travaux dans les écoles délabrées sont une problématique connue de longue date.
  • Mais aucun état des lieux public n’existe pour le moment et la crise s’enlise.

Ce mardi, Marsactu révèle que, dans le 8e arrondissement de Marseille, des parents d’élèves se mobilisent depuis des mois pour dénoncer les conditions de sécurité liées au manque de place dans les dortoirs. Il y a trois ans, dans une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale, Charlotte Magri, enseignante marseillaise, tirait la sonnette d’alarme sur l’état de délabrement de son école. Entre ces deux dates, le quotidien de plusieurs élèves marseillais est régulièrement ponctué par des incidents liés à l’état des écoles. Comment expliquer que cette crise semble s’enliser à Marseille ? 20 Minutes fait le point.

Un nombre colossal d’écoles. A la dernière rentrée scolaire, la ville de Marseille ne comptait pas moins de 444 écoles qui accueillent 77.000 écoliers. A titre de comparaison, c’est deux fois plus qu’à Lyon, qui compte 200 écoles. Chaque année, ce sont près de 800 nouveaux Marseillais qui s’inscrivent dans les écoles de la ville, selon des chiffres communiqués en septembre dernier à 20 Minutes par Danièle Casanova, adjointe LR à l’éducation.

Un tel parc immobilier nécessite donc de l’entretien et de la rénovation. Il s’agit même d’une compétence propre à la mairie, qui a consacré en 2018 40 millions d’euros aux travaux dans ces écoles. Mais certains accusent la ville de Marseille de ne pas être à la hauteur du défi. « C’est une question de choix et de volonté délibérée, tacle Benoît Payan, chef de file des socialistes au conseil municipal. Cela fait trop longtemps que ça traîne. C’est une question de priorité : la ville de Toulouse à un budget dédié à l’éducation similaire à celui de Marseille alors qu’elle compte deux fois moins d’écoles. »

Des besoins connus… ou pas. Pour faire des travaux, où que ce soit, il faut connaître les besoins. Une lapalissade loin d’être évidente dans le dossier des écoles marseillaises délabrées. En 2016, un diagnostic des écoles devait être réalisé, à la demande de l’Etat. « Mais cet état des lieux, c’est un peu l’arlésienne, et je n’ai jamais réussi à mettre la main dessus, si tant est qu’il existe, affirme Cathy Racon-Bouzon, députée LREM des Bouches-du-Rhône Le diagnostic a été réalisé par la mairie, et dans ce cadre, les données n’appartiennent pas à l’Etat. » Résultat : selon plusieurs acteurs du dossier, les besoins précis restent pour l’heure inconnus du grand public.

Face à l’ampleur de la tâche, et dans la nécessité de rénover au plus vite, la ville avait décidé de recourir aux partenariats publics privés pour rénover certaines écoles. Une décision annulée par le tribunal administratif il y a quelques semaines. Le 4 mars dernier, à l’initiative du recteur et du préfet, une lettre a été envoyée aux différents directeurs d’école, afin de « recueillir une image précise et factuelle de l’état » de leurs écoles. Ces enseignants sont invités à remplir une grille afin « d’objectiver et de prioriser les travaux ».

« Depuis les effondrements de la rue d'Aubagne, il y a eu une levée d'inquiétude sur tout ce qui touchait au bâti de la ville de Marseille, y compris les écoles », indique-t-on du côté du cabinet du directeur académique des services de l’Education nationale des Bouches-du-Rhône. « On veut que ce dossier avance, et le préfet et le recteur ont besoin d’un focus à un instant T », précise cette source.

Devant la presse ce mardi, le syndicat des architectes des Bouches-du-Rhône a toutefois réclamé la réalisation d’un audit par des professionnels. « Si cet outil peut constituer un recueil d’information préalable important destiné à des professionnels de la construction, il ne peut en aucun cas servir de base pour déterminer le type et l’étendue des travaux à réaliser », réclame-t-il dans un communiqué.

Quand l’Etat s’en mêle Pour obtenir cet état des lieux, la députée LREM de Marseille Cathy Racon-Bouzon a déposé un amendement spécifique à la loi sur « l’école de la confiance », votée en février dernier à l’Assemblée nationale. « Il fallait que l’Etat reprenne la main face à une mairie qui dysfonctionne complètement, estime Cathy Racon-Bouzon. Aujourd’hui, la machine est enclenchée, alors qu’il n’y a jamais eu une volonté de la ville de lancer un audit des écoles. Il faut reproposer un plan d’action, et faire un audit. » Reste toutefois à ce projet de passer la barrière du Sénat…

Outre ce projet de loi, l’Etat a décidé d’un peu plus s’immiscer dans ce dossier en activant au sein de la direction académique des Bouches-du-Rhône un « comité de pilotage et de suivi » des travaux dans les écoles, selon le cabinet du directeur académique, afin d'« accompagner » la mairie dans ces rénovations. Une seule certitude à ce stade : à ce rythme, aucun audit préalable à de quelconques travaux ne sera probablement réalisé avant la rentrée prochaine.

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