Marseille: «Le peuple a été floué, c’est une ruse»….Dans la communauté algérienne, la colère est intacte

REPORTAGE Un nouveau rassemblement solidaire doit se tenir dimanche prochain

Caroline Delabroy

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Dans les rues de Marseille, lors de la dernière manifestation contre une cinquième candidature d'Abdelaziz Bouteflika.
Dans les rues de Marseille, lors de la dernière manifestation contre une cinquième candidature d'Abdelaziz Bouteflika. — Adlan Mansri/SIPA
  • Nombreux à Marseille, les Algériens estiment que « le peuple n’a pas encore gagné », appelant à une nouvelle génération au pouvoir.
  • Entre inquiétudes et colère, ils suivent de près l’évolution de la situation.
  • Un nouveau rassemblement solidaire est organisé dimanche prochain.

En haut du cours Belsunce, à Marseille, la terrasse du café est comme d’habitude pleine à craquer. Des tablées d’hommes de tous âges, qui n’ont pas forcément envie de réagir publiquement aux nouvelles tombées la veille au soir : le retrait de la candidature Bouteflika à un cinquième mandat et le report de la présidentielle en Algérie, sans date précise. Depuis sept ans à Marseille, Yazid, 35 ans, est l’un des rares à accepter de répondre. « Le peuple n’a pas encore gagné, on veut un autre système, une nouvelle génération qui a les mains propres », lance-t-il. A l’intérieur, l’écran géant est branché sur la télévision algérienne qui diffuse des images de manifestation : des milliers d’étudiants sont de retour dans la rue ce mardi à Alger.

Plus loin dans Belsunce, Hamid, 50 ans, est attablé devant un thé à la menthe. « C’est une victoire de la rue, ils ont mesuré que le peuple ne va pas se taire », sourit-il, avant de se montrer plus inquiet : « Les Algériens veulent un changement radical. Il ne s’agit pas uniquement du président, mais du président, de sa clique, du régime tout entier. Pour l’instant, la contestation est pacifique, mais cela peut déraper à n’importe quel moment. » « C’est ce qu’ils veulent, enchaîne-t-il. Comme ça ils pourraient instaurer un état de siège. Sinon, comment expliquer les décisions d’hier soir ? »

« Là, c’est plus fort que moi, j’en parle »

« Cela va repartir de plus belle, les gens sont très en colère », affirme de son côté Ahmed Ouared, l’un des organisateurs des manifestations à Marseille, et l’un des représentants locaux du parti algérien Jil Jadid, qui vise à instaurer un État de droit en favorisant l’émergence d’une nouvelle génération politique. Le peuple a été floué, c’est une ruse. » « Et il y a une dimension supplémentaire vu d’ici. Les gens n’ont pas compris la position de la France », ajoute-il, en référence aux propos d’Emmanuel Macron qui a salué mardi la décision « du président Bouteflika », tout en appelant à « une transition d’une durée raisonnable ».

A Marseille, rendez-vous est déjà fixé pour dimanche prochain. Selon les autorisations de la préfecture, il prendra la forme d’un rassemblement porte d’Aix ou, ce que préféreraient les organisateurs, d’une marche, comme la semaine passée. Tout juste rentré d’Alger où « il a vu une ambiance superbe et une jeunesse déterminée », Allel, 45 ans, ne pense a priori pas s’y rendre. « Je ne vois pas l’utilité d’aller marcher à Marseille, cela va faire chier qui ?, s’interroge-t-il. La solidarité, c’est certains amis qui descendent à Alger pour les manifs et reviennent. » On sent que l’envie d’être là-bas le titille. « L’Algérie, à un moment, j’en étais complètement détaché. Là, c’est plus fort que moi, j’en parle. Il faut qu’ils dégagent ! Ils sont en train de baratiner le peuple, de temporiser pour trouver une solution pour calmer cette jeunesse. »

Animatrice à Radio Gazelle, une station associative culturelle arabe émettant localement, Mahdjouba Benaïda ressent de son côté « une grande inquiétude » chez les auditeurs. « Il y a beaucoup d’appels, témoigne-t-elle. Les informations sont très limitées, les gens se font beaucoup de soucis pour savoir ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée. » C’est, selon elle, « assez inédit comme mobilisation ».