Sale temps pour les saisonniers immigrés

Frédéric Legrand - ©2008 20 minutes

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Elhoussin Hatim travaillait depuis vingt-six ans dans une exploitation des Milles, près d'Aix. « Avec le temps, j'ai attrapé mal au dos et du diabète, je ne pouvais plus que conduire le tracteur », explique-t-il. L'été dernier, son patron est venu le voir : « Il m'a dit : "Tu rentres au Maroc". » Depuis, Elhoussin a dû repartir chez lui, près de Fez. « Je n'ai pas droit au chômage au Maroc puisque je n'y ai pas cotisé. Et je ne peux toucher les allocations ni être soigné en France car, malgré mes cotisations, je n'ai plus de titre de séjour. »

Comme lui, plusieurs centaines d'ouvriers agricoles immigrés travaillant dans les Bouches-du-Rhône se retrouvent dans des situations inextricables. Venus dans le cadre de contrats saisonniers de quatre à huit mois, payés au Smic, ils n'ont le droit de rester en France que pendant la durée de leur contrat. Un système qui aurait été largement dévoyé dans le département, selon un rapport réalisé en 2001 par l'inspection des affaires sociales et de l'agriculture (lire ci-dessous). Selon ce document, plus d'un tiers de ces saisonniers, réembauchés chaque saison, pendant dix à quinze ans d'affilée, remplacent en réalité des travailleurs permanents. Leur statut précaire permettant à l'employeur de leur faire accepter des conditions de travail et d'hébergement indignes. Dans de rares cas, cela débouche sur un mouvement social comme à l'été 2005 durant lequel 240 saisonniers immigrés ont fait grève pendant une semaine.

En 2007, cependant, l'Etat a décidé de serrer la vis. Davantage de saisonniers se sont retrouvés du coup au chômage. Certains repartant chez eux, d'autre restant en France, sans papiers. Depuis six mois, le collectif Codetras* saisit tous les mois la justice (lire ci-dessous) pour faire valoir leurs droits. Et s'inquiète de la dernière circulaire ministérielle publiée en août sur le sujet : « Elle permet de faire venir un saisonnier deux fois dans l'année, et d'imposer une période d'essai, dénonce Denis Natanelic, du Codetras. Cela va encore accroître la précarité des saisonniers. »