VIDEO. Marseille: L’œuvre mondiale de Le Corbusier pourrait être radiée de l’Unesco à cause de la métropole

UNESCO Le prochain PLUI de la métropole d’Aix-Marseille pourrait avoir comme conséquence la désinscription de l’œuvre de Le Corbusier au patrimoine mondial de l’Unesco

Adrien Max
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 La Cité radieuse de l'architecte Le Corbusier, à Marseille.
La Cité radieuse de l'architecte Le Corbusier, à Marseille. — Veronica Garbutt/REX/REX/SIPA
  • Le plan local d’urbanisme intercommunal de la métropole d’Aix-Marseille laisse la possibilité de construire deux tourelles à proximité de la Cité radieuse de Le Corbusier.
  • Ces constructions iraient à l’encontre des caractéristiques universelles du site, ce qui impliquerait une désinscription au patrimoine mondial de l’Unesco.
  • La désinscription d’un site pourrait entraîner celle des 16 autres puisque c’est l’œuvre de l’architecte dans sa globalité qui est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

« Que nos élus aillent expliquer à la ville de Chandigarh pourquoi elle est désinscrite du patrimoine mondial de l'Unesco ». Même si elle reste calme, Katia Imbernon est inquiète du devenir de la cité radieuse du Corbusier à Marseille, où elle habite, et travaille. Et plus globalement de l’œuvre globale de l’architecte franco-suisse. Dix-sept de ses réalisations, dans sept pays différents, répartis sur trois continents sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2016.

Le futur plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI) de la métropole d’Aix-Marseille, dont la consultation s’achevait ce lundi, pourrait désinscrire la cité radieuse de Le Corbusier de Marseille du patrimoine mondial de l’Unesco. Le PLUI ouvre la porte à la construction de nombreux logements autour de la cité radieuse, dont trois tourelles qui boucheraient les points de vue sur le bâtiment, une des caractéristiques du classement.

Des conséquences à l’international

« Le projet d’urbanisme mené actuellement ne respecte pas la valeur universelle exceptionnelle de l’œuvre. Des expertises doivent être fournies, ce qui n’est pas le cas. Nous avons donc alerté l’Unesco qui prendra une décision. Soit de sommer les porteurs de projets de s’arrêter, soit de déclasser », explique-t-on au Conseil international des monuments et des sites (Icomos), qui conseille l’Unesco.


« On a présenté trois fois le dossier pour être inscrit à l’Unesco, une inscription qui ne s’obtient pas comme ça. Il y a eu beaucoup de travail, d’investissements. Les caractéristiques sont très précises et très encadrées, tout comme le plan de gestion de la cité après l’inscription », explique Katia Imbernon qui a fondé une librairie au troisième étage et vit dans l’unité d’habitation de Marseille. Depuis son inscription en 2016, elle a vu la fréquentation du lieu s’intensifier, même s’il offrait déjà une certaine attractivité à l’internationale.

Ce déclassement de la cité radieuse de Marseille pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la ville, comme l’explique Brigitte Bouvier, directrice de la fondation Le Corbusier : « Il s’agit d’une nomination au patrimoine mondial de l’Unesco qui regroupe les 17 sites. Ces sites sont une série transnationale qui représente l’œuvre architecturale de Le Corbusier dans son ensemble. Chaque bien choisi apporte quelque chose de particulier à l’œuvre générale. »

« Une chance de construire de manière harmonieuse »

Le musée de Tokyo, les maisons d’habitations de Pessac, ou le complexe du Capitole à Chandigarh pourraient donc être désinscrits du patrimoine mondial de l’Unesco à cause de ce PLUI. « Il s’agit surtout de tirer la sonnette d’alarme pour que les élus métropolitains respectent la procédure de l’inscription, ce qui fait la valeur du site comme le fait qu’il puisse être vu. Or ces tourelles risquent d’obstruer les cônes de vue », s’inquiète Brigitte Bouvier.


Mais elle ne désespère pas trouver une solution. « C’est l’occasion de nouer le dialogue, ce qui n’a pas été suffisamment fait. Je ne suis pas contre la construction de nouveaux logements, qui pourrait s’y opposer ? Mais je pense que c’est une chance de construire de manière harmonieuse dans une procédure qui est un peu rigide, c’est vrai ». Laure-Agnès Caradec, vice-présidente de la métropole en charge du PLUI, a tenu à relativiser dans les colonnes du Parisien : « Ce n’est qu’un projet, qui n’est pas encore arrêté. » Comble de la situation, l’unité d’habitation avait été construite par Le Corbusier dans les années 1950, à une époque où Marseille manquait de logements.