Marseille: Bienvenue chez le dernier paysan de la ville, niché sur les hauteurs des quartiers Nord

AGRICULTURE Alors que la ville comptait pas moins de 3.000 agriculteurs autrefois, Lionel Garnerone est aujourd'hui le dernier paysan de Marseille

Adrien Max

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Lionel Garnerone, dernier paysan de Marseille. Lancer le diaporama
Lionel Garnerone, dernier paysan de Marseille. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Lionel Garnerone est le dernier paysan de Marseille, installé sur les hauteurs des quartiers Nord.
  • Il y cultive une dizaine de variétés de salades et de jeunes pousses, qu’il revend aux meilleures tables de Marseille.
  • Il accueille positivement le développement de l’agriculture urbaine et la volonté de la métropole de réintégrer des terres agricoles à Marseille.

Comme un air de campagne, dans la deuxième ville de France. Le dernier paysan de Marseille fait de la résistance sur les hauteurs du quartier de Sainte-Marthe, dans le 14e arrondissement. Entourée par la cité des Micocouliers, connue pour son important trafic de stupéfiant et ses réglements de comptes et celle du Castelas, l’exploitation agricole apparaît comme un havre de paix au milieu des  quartiers Nord.

L'exploitation agricole de la famille Garnerone, les derniers paysans de Marseille.
L'exploitation agricole de la famille Garnerone, les derniers paysans de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

Elle a été reprise en 2013 par Lionel et Delphine Garnerone à leur père Lucien, qui l’avait lui-même rachetée dans les années 80. « Mon père était agriculteur à Mazargues [quartiers Sud], puis il est parti à Chateau-Gombert, déjà à cause des expropriations et de la pression foncière. Quand j’ai voulu reprendre, l’exploitation était trop petite donc j’ai racheté ici. L’exposition est très bonne et nous sommes proches du marché des Arnavaux », explique Lucien, désormais retraité.

De 3.000 agriculteurs à un seul

C’est lui qui a eu l’idée de se spécialiser dans la salade. « Au début, je faisais comme les autres, des tomates et des courgettes. Et puis j’ai voulu me démarquer en lançant des herbes nouvelles que j’étais le seul à produire. Comme ça, je ne dépendais plus du marché, en vendant mes salades à des prix stables, et raisonnables », se justifie-t-il.

Près d'une dizaine de variété de salades et de jeunes pousses sont cultivés sur les hauteurs de Marseille.
Près d'une dizaine de variété de salades et de jeunes pousses sont cultivés sur les hauteurs de Marseille. - Adrien Max / 20 Minutes

A cette époque, près de 3.000 agriculteurs peuplent Marseille. Trente ans plus tard, la ferme Garnerone est la dernière de Marseille. La dizaine de variété de salades, dont une au goût de moutarde et autres herbes cultivées ici font de la résistance au soleil frappant, sur les 10 hectares que compte la propriété.

« Les meilleurs restaurants de Marseille se fournissent chez nous »

Il faut dire qu’elles plaisent, « quasiment tous les meilleurs restaurants de Marseille se fournissent chez nous », racontent fièrement Lucien et Lionel. 90 % de la production est d’ailleurs écoulée directement au marché d’intérêt national des Arnavaux, à quelques centaines de mètre du lieu de production, sans intermédiaire. « L’avantage c’est que le produit peut mettre moins d’une heure du champ à l’assiette du client », explique Lionel. Une stratégie qui permet à Lionel et à sa sœur de vivre correctement de leur métier.

Le mesclun Marseillais, pur produit de l'exploitation agricole.
Le mesclun Marseillais, pur produit de l'exploitation agricole. - Adrien Max / 20 Minutes

Si la pression foncière demeure toujours, ils sont parvenus à racheter deux hectares de terrain supplémentaire qu’il va cultiver en bio. « Nous sommes déjà en agriculture raisonnée, mais vu la demande qu’il y a en bio on a voulu tester », raconte Lionel. Conscient de l’importance des circuits courts, le dernier agriculteur de Marseille traite même ses salades contre les insectes au savon de Marseille.

Redévelopper l’agriculture à Marseille

Face à la demande toujours plus croissante de produits locaux, l’agriculteur n’est pas inquiet de la concurrence des différents projets d’agriculture urbaine. « On est un peu dans un entre-deux, les gens prennent conscience qu’il faut mieux manger, plus localement, mais les prix peuvent parfois les rebuter. Mais il y a de la place », estime Lionel.

Il accueille également très favorablement une récente volonté politique de la métropole de réattribuer des terres agricoles sur toute une bande démarrant justement de sa propriété, vers l’Est de la ville. Une occasion supplémentaire, sans doute, d’apercevoir davantage de coccinelles à Marseille.