VIDEO. Marseille: «Plus exposée» aux marchands de sommeil, la métropole doit voter un permis de louer

MARCHANDS DE SOMMEIL La métropole d’Aix-Marseille doit voter cette semaine une délibération pour la mise en place du permis de louer dans certains quartiers de Marseille

Adrien Max

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Cet immeuble situé dans le 6e arrondissement de Marseille inquiète les voisins.
Cet immeuble situé dans le 6e arrondissement de Marseille inquiète les voisins. — J. Saint-Marc / 20 Minutes
  • La métropole Aix-Marseille doit voter une délibération pour la mise en place d’un permis de louer.
  • Selon Florent Houdmon, de la fondation Abbé Pierre Paca, Marseille est assez fortement exposée au phénomène des marchands de sommeil, au même titre que l’Ile de France.
  • Dans une circulaire adressée aux procureurs de la République, l’Etat souhaite la mise en place de groupes locaux de traitement de la délinquance dédiés à la lutte contre l’habitat indigne (GLTD-HI).

520 euros, un garage transformé en studio de 17 m2. Jennifer, 22 ans, mise à la porte du jour au lendemain et seule à Marseille  (Bouches-du-Rhône), emménage en mai 2018, sans états des lieux, dans ce studio loué par André Malrait, adjoint en charge du Patrimoine, et sa femme. Cette dernière connaît la situation compliquée de la jeune femme.

« Très rapidement, madame Malrait m’a harcelé d’appels téléphoniques pour me dire d’aérer. Je pensais qu’elle me donnait des conseils, c’était mon premier appartement », raconte Jennifer. Mais dès le mois de septembre, la locataire voit d’innombrables champignons coloniser les murs de son studio.

L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu.
L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu. - Jennifer

« Ça a commencé sur le mur derrière mon clic-clac. Je n’ai appris qu’après qu’il y avait leur piscine juste derrière ». Pas illogique, lorsque l’on sait qu’un permis de construire avait été accordé pour un garage à deux roues, avant d’être transformé en studio habitable par un arrêté signé par Jean-Claude Gaudin, le maire. Depuis, Jennifer a signalé l’insalubrité aux services municipaux et ne paye plus son loyer. André Malrait cité dans La Provence, s’est dit « effaré par l’ampleur prise par cette affaire » dans laquelle il s’estime « irréprochable ».

L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu.
L'etat d'insalubrité du studio de Jennifer, loué par un élu. - Jennifer

Un permis pour lutter contre l’insalubrité

Pour contrer ce genre de situations, la métropole doit voter ce jeudi la mise en place du permis de louer. Avant chaque remise en location d’un bien, celui-ci doit être inspecté afin de s’assurer qu’il n’est ni insalubre, ni indigne.

« J’applaudis la métropole pour cette décision, même s’il doit être couplé à d’autres dispositifs. Il faut se donner les moyens des inspections, car pas de réponse vaut acceptation. Ce serait la pire des choses car cela légitimerait le droit de louer des taudis, jamais inspectés. Il faut également la mise en place de dispositifs financiers incitatifs pour que les propriétaires engagent des travaux. Sinon ils seront tentés de laisser leur logement vacant. L’autre risque serait une multiplication de location au noir, sans bail et avec des loyers versés en liquide », considère Florent Houdmon, directeur de la fondation Abbé Pierre en Paca.

Il souhaiterait que le permis de louer soit étendu à des zones comme la Belle de Mai ou les grandes copropriétés dégradées des quartiers Nord.

« Une population pauvre dans un endroit qui manque de logement »

Car, selon lui, Marseille est, à l’instar de l’Ile de France, plus exposée aux marchands de sommeil que d’autres territoires.

« Le terreau le plus fertile est une population pauvre dans un endroit qui manque de logement. C’est le cas dans plusieurs endroits de Marseille, en centre-ville, comme dans les quartiers Nord, cela résulte d’une politique publique de la mairie très complaisante », explique ce spécialiste du mal logement.

De l’aveu de Florent Houdmon, la définition d’un marchand de sommeil est compliquée. « Ça peut aller du petit retraité qui loue un appartement mais qui n’a pas conscience de l’état dans lequel il se trouve, jusqu’à une personne qui exploite la misère. Avec des loyers payés en liquide, des intimidations, souvent dans des immeubles rachetés aux enchères qui ont été redivisés en taudis, dans les caves. Il y a beaucoup de zones grises entre ces deux cas », considère-t-il. Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de données chiffrées car « ce qu’il manque, ce sont des repérages de l’habitat indigne », poursuit Florent Houdmon.

L’Etat, aussi, s’attaque aux marchands de sommeil

Dans une circulaire adressée au procureur de la République début février, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, et le ministre du Logement, Julien Denormandie, ont détaillé la mise en place de groupes locaux de traitement de la délinquance dédiés à la lutte contre l’habitat indigne (GLTD-LHI).

Ces groupes pourront réunir une multitude d’acteurs afin « d’identifier et d’assurer le traitement des situations relevant d’une réponse judiciaire, tout en organisant des contrôles conjoints réguliers. Avec la possibilité de co-saisir les groupes d’interventions régionaux (GIR) pour l’identification et la saisie des avoirs criminels et la détection de circuits de blanchiment ». Une réponse pénale ferme et adaptée est également prévue.

Si la problématique des marchands de sommeil semble préoccuper aussi bien localement que nationalement, reste encore à les identifier, et à apporter la preuve de « leurs négligences ».