Une vue d'Uranus
Une vue d'Uranus — NASA

SYSTÈME SOLAIRE

Marseille: «Si on rate cette mission spatiale pour Uranus et Neptune, on va pleurer»

Olivier Mousis, du Laboratoire d’astrophysique de Marseille, explique à «20 Minutes» pourquoi la prochaine mission spatiale vers Uranus et Neptune se dessine dans la cité phocéenne

Olivier Mousis

Une mission spatiale vers Uranus et Neptune ? La Nasa s’y intéresse de très près, de même que l’Agence spatiale européenne. Reste à convaincre les Etats membres de s’impliquer financièrement. C’est tout l’enjeu du grand raout scientifique qui se tient à partir de lundi dans la cité phocéenne, sous l’égide du Laboratoire d’astrophysique de Marseille. Explications avec son organisateur, Olivier Mousis, professeur d’astronomie à Aix Marseille Université.

Pourquoi organiser ce grand rendez-vous ?

Uranus et Neptune sont les planètes les moins connues du système solaire. Saturne a été explorée plusieurs fois, Jupiter aussi avec les missions Galileo et Juno, mais il n’y a pas eu de mission pour Uranus et Neptune depuis leur survol par Voyager 2 en, respectivement, 1986 et 1989. Et il s'agissait de brèves explorations. Pour y retourner, nous sommes obligés de monter une grosse mission de type Cassini, celle de Saturne. La Nasa nous tend la main. L’Europe doit se réunir à Séville pour décider si elle y va ou pas. Notre crainte est qu’elle ne donne pas la rallonge budgétaire nécessaire, c’est pourquoi nous mobilisons la communauté scientifique.

Quel budget représente une telle mission pour l’Europe ?

L’Agence spatiale européenne demande 550 millions d’euros. C’est peu ou prou le prix d’un gros Airbus de dernière génération. Si on rate ce rendez-vous avec la Nasa, on va pleurer. Il y a urgence. Un lancement est envisagé vers 2031-2032, il y aura alors un alignement des planètes nous permettant d’aller plus rapidement sur ces planètes géantes glacées du système solaire : en cinq ans au mieux pour Uranus, et sept ans pour Neptune (tout dépend du transporteur).

Pourquoi est-ce si important d’aller sur ces deux planètes?

Aller les explorer, c’est nous permettre de mieux connaître les origines du système solaire et comment la Terre s’est formée, tout cela est lié. Ce n’est pas pure curiosité intellectuelle. Il y a des choses à apprendre. Avec Rosetta, nous avons vu des anomalies. Nous avons par exemple envie de comprendre pourquoi plusieurs réservoirs de gaz rares ont contribué à la formation de la comète « Tchouri». Il faut aller plus loin pour comprendre ces planètes de glace. Nous avons très peu d’idées de leur structure interne. Nous avons l’opportunité d’écrire de nouvelles pages des manuels scolaires. Quand on voit la désaffection des enfants pour les sciences, c’est grâce à ce genre de mission qu’on peut attirer leur intérêt. Et lutter aussi contre la fuite des cerveaux.

Concrètement, à quoi ressemblerait une telle mission ?

La réunion de Marseille a justement pour ambition d'explorer un scénario de mission possible, qui serait à la portée des Européens. Nous proposons d’envoyer une sonde de descente atmosphérique dans Uranus ou Neptune, comme Galileo sur Jupiter en 1995. Après la rentrée atmosphérique, la sonde est freinée dans sa descente et suspendue à un parachute pendant deux heures. Elle prend alors des mesures uniques de composition atmosphérique. Une telle exploration ne peut se faire à distance.