VIDEO Marseille: Des chercheurs ouvrent la voie à une prothèse pilotée par un membre fantôme

INNOVATION Contrairement aux prothèses classiques, ce prototype permet, de façon totalement intuitive, de commander les mouvements par les muscles du moignon.

Caroline Delabroy

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Une prothèse de bras décode les mouvements du membre fantôme.
Une prothèse de bras décode les mouvements du membre fantôme. — N. Jarrassé
  • Des chercheurs et médecins ont mis au point une prothèse capable de détecter des mouvements d’un membre fantôme et d’actionner un bras prothétique.
  • Les patients peuvent se familiariser avec le système en quelques minutes, alors qu’une prothèse classique nécessite un long apprentissage.
  • Des start-up ont déjà manifesté leur intérêt.

C’est une découverte qui pourrait changer le quotidien de nombreuses personnes amputées. Une équipe de chercheurs du CNRS et d’Aix-Marseille Université a mis au point, en collaboration avec des médecins à Nancy, un prototype de prothèse de bras capable de détecter les mouvements du membre fantôme, comme on appelle cette sensation de présence d’un membre amputé. Une petite révolution lorsque l’on sait que 75 % des personnes amputées sont capables de bouger volontairement leur membre fantôme. Et un changement radical de point de vue sur ce membre manquant, jusqu’à présent associé le plus souvent à la douleur.

Pour mettre au point leur prototype, l’équipe a utilisé une prothèse classique mise sur le marché, mais en changeant complètement l’esprit et l’usage. Actuellement, les prothèses de bras sont contrôlées par deux paires d’électrodes placées sur des muscles du moignon, que les patients doivent apprendre à contracter d’une façon spécifique. L’apprentissage peut être long, même pour seulement ouvrir ou fermer la main prothétique, et il n’est pas rare qu’un patient abandonne au vu des difficultés à contrôler efficacement leur prothèse.

« C’est totalement intuitif »

« Avec notre prototype, il n’y a aucun apprentissage, c’est totalement intuitif, le contrôle se fait de façon naturelle », explique Jozina de Graaf, chercheuse neuroscientifique à Aix-Marseille Université. Et de poursuivre : « Les personnes bougent leur membre fantôme, et l’activité musculaire du moignon va être reconnue et associée à un mouvement. La prothèse imite ensuite ce mouvement. » L’ intelligence artificielle est en effet de la partie : les chercheurs ont créé des algorithmes capables de reconnaître les activités musculaires générées par la mobilisation du membre fantôme, et de reproduire le mouvement détecté avec la prothèse. « Cela va faciliter et libérer les mouvements », se réjouit Jozina de Graaf.

Prochaine étape, après la publication des résultats encourageants de l’étude (les patients se familiarisent en quelques minutes seulement avec le système) : le test en mode porté, et plus seulement avec la prothèse posée à côté du moignon. Pour Jozina de Graaf, une mise sur le marché d’ici 5 à 10 ans est envisageable, « des start-up ayant déjà manifesté leur intérêt ». Ce qui ne va pas l’empêcher de poursuivre ses recherches pour comprendre les mystères du membre fantôme : « Comment ces muscles bougent, d’où cela vient-il ? », s’interroge-t-elle à présent, avec cette insatiable curiosité de chercheur.