Marseille: Dans les quartiers Nord, Saint-Louis Sucre perd 53 emplois et devient peau de chagrin

ECONOMIE Les habitants s’inquiètent du devenir des 53 emplois supprimés et de ce vaste poumon industriel que représente ce site historique. Reportage.

Caroline Delabroy

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L'usine Saint-Louis Sucre à Marseille
L'usine Saint-Louis Sucre à Marseille — C. Delabroy / 20 Minutes
  • L’industriel Saint-Louis Sucre a annoncé la fermeture de deux de ses quatre sucreries en France en 2020 ainsi qu’une vaste réorganisation pour faire face à une baisse des cours du sucre.
  • A Marseille, les 58 salariés seront ramenés à 5 pour un recentrage de l’activité sur la production de sucre liquide.

C’est une journée qui semble tourner au ralenti à l’usine Saint-Louis Sucre de Marseille. La barrière se lève pour laisser passer quelques poids lourds, seul signe tangible d’activité. A l’extérieur, aucune banderole ne témoigne (encore) de la colère des salariés après l’annonce, jeudi dernier, de la suppression de 53 emplois, sur les 58 que compte actuellement ce site emblématique du quartier : l’usine y est implantée depuis 1857.

« Nous sommes en arrêt technique, cela n’a rien à voir avec l’actualité, explique Rida Bouchelaghem, délégué CGT. Il y a quatre années en arrière, on nous aurait annoncé des suppressions de telle ampleur, tout le site aurait été bloqué dans l’heure qui suit. Là, c’est le coup de massue. Mais les gens commencent à se regonfler et être prêts à avancer dans la lutte ».

5 salariés sur un site d’une douzaine d’hectares

Car Saint-Louis Sucre, filiale du groupe allemand Südzucker, a déjà vécu en 2015 l’arrêt de l’activité raffinage au profit du seul conditionnement, qui s’est traduit à l’époque par le départ de 80 salariés. Aujourd’hui, l’annonce de garder 5 salariés pour la production de sucre liquide ferait presque sourire vu la taille de site, une douzaine d’hectares s’étendant du parc Billoux au siège du groupe SNEF, le long du ruisseau des Aygalades. Personne n’en doute vraiment dans le quartier, la fermeture définitive n’est plus qu’une question de temps.

Face à l’usine, un café, une boulangerie, une pharmacie. Ils n’ont pas connu directement la grande époque, celle où la « Générale sucrière » employait des centaines de salariés, mais le lent déclin. « Quand je suis arrivée il y a 24 ans, j’alimentais l’infirmerie de l’usine, cela a malheureusement disparu depuis longtemps, témoigne la pharmacienne Geneviève Maugez. De mon côté, j’ai déjà subi le plus gros impact. » Elle s’inquiète cependant des salariés et du devenir de la zone, tout comme Huguette Schirico, présidente du comité d’intérêt de quartier de La Cabucelle, dont la famille a fait partie de la main-d’œuvre employée par la raffinerie. « Il y avait une vie autour de l’usine, on vivait très bien ici », témoigne-t-elle. Et de s’interroger : « Maintenant que la fermeture semble inéluctable, que va devenir ce lieu ? Dans l’idéal, il faudrait des espaces verts, des services publics supplémentaires, on manque de tout ici. Sans compter les écoles saturées. »

« Un avenir à imaginer »

A quelques encablures de l’usine, dans les locaux neufs du Carburateur, loge le réseau Cap au Nord Entreprendre, dont Saint-Louis Sucre fait partie des adhérents. Christian Cortambert, son président, refuse une lecture pessimiste de la fin annoncée de l’usine. « Avec le développement d’ Euromed, il y a de la place pour l’industrie dans le territoire, assure-t-il. Ce qui serait regrettable, c’est qu’un poumon industriel comme Saint-Louis devienne demain de l’habitation ou du logement ». « Il faut croire en ce territoire, abonde Alexandre Fassi, secrétaire général. Saint-Louis, c’est une ville dans un village, il y a quelque chose à imaginer. Marseille Nord est en capacité de travailler là-dessus, les gens commencent à investir ici, à l’image de la Savonnerie du Midi qui créée un musée et vient d’investir deux millions d’euros dans l’outil industriel, ou de la rénovation du Mine des Arnavaux. »

Pour Samia Ghali, sénatrice PS et ancienne maire du secteur, l’heure reste toutefois au combat. « Personne n’a pris la mesure de ce qui se passe », dénonce-t-elle, évoquant la situation des salariés mais également celle des nombreux producteurs de betterave impactés par cette décision. « Dans le même temps, ce sont 8 millions d’euros d’argent public dans le cadre du CICE qui sont venus renflouer les caisses de l’industriel allemand Südzucker, qu’il rembourse déjà cet argent », poursuit Samia Ghali. Elle était au ministère de l’emploi mardi, et rencontre ce jeudi les salariés. « Cela va bouger », assure-t-elle, se refusant à tourner trop vite la page d’un siècle et demi d’histoire industrielle marseillaise.