Marseille: une rumeur contre les Roms entraîne deux agressions

Sandrine Cochard avec Stéphanie Harounyan à Marseille

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Marseille a officiellement lancé jeudi sa candidature au titre de capitale européenne de la culture 2013, dans un projet qui entend regrouper collectivités territoriales de Provence, associations culturelles et entreprises de la région.
Marseille a officiellement lancé jeudi sa candidature au titre de capitale européenne de la culture 2013, dans un projet qui entend regrouper collectivités territoriales de Provence, associations culturelles et entreprises de la région. — Gérard Julien AFP/Archives

«Attention: Les Roumains enlèvent petits et grands, filles et garçons, pour des trafics d'organes. Ils ont déjà agi dans plusieurs endroits à Marseille (…). Ils ont plusieurs camionnettes bleues et blanches avec les vitres teintées noires. (…). Il faut agir maintenant. Fais tourner à tous tes contacts (…).» Cette folle rumeur circule depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, à Marseille, via SMS et mails entre ados. Et se propage d’autant plus vite qu’une jeune femme de 20 ans, Fatima, est portée disparue depuis le 7 mai à Malpassé (13e). Les services de police reçoivent même des appels de quelques parents inquiets. Jusqu’à la surchauffe.

En début de semaine dernière, au-dessus de Plombières (14e), les habitants d'une cité voient des Roumains circuler dans une voiture et s’énervent. Une vingtaine d'entre eux décident de mener une expédition punitive. Alertée, la police intervient rapidement et évite que la situation dégénère.

Lynchage

Vendredi, la presse s'empare de l'affaire. Le lendemain, jour de la Fête de la musique, une nouvelle agression a lieu. Trois Roumains s’attardent dans la cité de la Bricarde. «Ils cherchaient dans des poubelles des métaux non ferreux, explique Pierre Carton, directeur départemental de la Sécurité publique. Un gamin est allé se plaindre auprès d'habitants de la cité disant que les trois hommes l'avaient regardé, et rapidement, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées.» Et tombent sur les trois Roumains qui se font tabasser avant de trouver refuge dans un restaurant tout proche. Leur voiture sera incendiée.

«C'est là que la police est intervenue, nous avons envoyé une BAC et deux sections de CRS (environ 40 personnes, ndlr), qui ont dû intervenir en faisant usage de flashballs et de gaz lacrymogènes», précise Pierre Carton qui, persuadé que cette agression découle directement de la rumeur, tient à mettre les points sur les i: «Je le répète, il n'y a pas de réseau d'enlèvement.» Les trois personnes agressées, sérieusement blessées, ont été hospitalisées, selon «La Provence». Les victimes vont mieux selon la police.

Si les officiers n’ont procédé à aucune interpellation, samedi soir, une enquête sur cette agression a été ouverte et confiée à la sûreté départementale.